22 mai 1866.

Le 22 je fis mes préparatifs et j’allai vers une heure prendre congé de

Mustaf, auquel, n’ayant rien à donner, je promis d’envoyer un fusil par

Ali Abdoul ; il me demanda aussi un foulard noir, que j’eus la chance de

trouver à Saint-Louis. Je payai ainsi de retour son hospitalité. Il me

fit, du reste, cadeau d’un petit panier de dattes pour la route et donna

une lettre à Ali Abdoul pour qu’on nous reçût sur tous les points où

nous passerions jusqu’à Koniakary.

J’allai ensuite prendre congé de Mahmadou Abi, qui voulut monter à

cheval pour m’accompagner et me mettre en route. Je fus donc escorté de

toute la bande de ses fidèles jusqu’à bonne distance de Nioro. Là, au

moment de me quitter, il me prit à part et me remit dans la main deux

anneaux d’or d’une valeur d’au moins 120 francs, en s’excusant de me

faire un aussi mince présent, que moi je trouvais d’autant plus beau que

je n’y comptais pas du tout. Nous nous quittâmes après une bonne poignée

de main.

C’est un devoir pour moi de dire qu’après mon départ de Ségou je n’avais

reçu de ce jeune homme et de son entourage que des attentions et des

témoignages d’affection bien désintéressés, puisqu’ils me savaient sans

autres ressources que les cadeaux que m’avait faits Ahmadou, et qu’aucun

d’eux n’eût osé accepter si même j’avais voulu les lui donner.

Nous quittâmes Nioro à trois heures. Après une lieue au Sud nous

atteignions Tambabougou ; puis, après une demi-lieue au S.-S.-O., le

grand village de Médina ; nous traversâmes ensuite deux villages de

Gadiaba. Le premier, Gadiaba Kayè (Gadiaba, les pierres), est l’ancien

village du Diawara, Karounka, qui fit une si rude guerre à El Hadj ;

l’autre se nomme Gadiaba Diala. Il était sept heures quand nous

arrivâmes à ce village ; en le quittant nous fîmes trois lieues et demie

à l’O. 1/4. S.-O. pour venir à Youri, où nous arrivâmes à nuit close et

par un commencement de petite pluie fine. On entra dans le village, et

mes conducteurs allèrent s’étendre sous le hangar de la place du

village. Quand, après une courte attente, je voulus les faire repartir,

il me fut impossible de les réveiller ; ils me disaient de camper là.

Camper sur une place en plein vent par un temps semblable, j’aimais

autant marcher ; aussi, prenant Seïdou pour guide, je me remis en route

et je fis trois lieues de marche pour aller camper à Birou, où je vins

frapper à une heure et demie du matin au village des Talibés. La nuit

était noire. J’avais cependant pu me rendre compte de la nature du

terrain. Depuis Touroungoumbé le sol avait changé. Ce n’étaient plus les

plaines du Bakhounou, c’était un pays encore plus aride, mais moins

monotone et moins plat ; par rares places la végétation y était bien

accentuée, mais en général c’est un pays coupé de plaines de sable et de

collines de roches peu élevées ; ce sont des bancs d’ardoise, qui

percent le sol en différents endroits et dont les feuillets détachés par

les pluies et par les chocs viennent former une poussière noirâtre ;

plus loin ce sont des quartz grenus, de différentes nuances plus ou

moins opaques, jaunes ou rouges ou d’un blanc laiteux (on les emploie

quelquefois comme pierres à feu ; ces pierres sont, faute de taille,

d’un mauvais usage). Enfin, sur une foule de points nous trouvions des

grès noirs et du minerai de fer en grande quantité.

La présence des ardoises à Nioro, de quelques schistes bitumineux dans

le Foula Dougou est-elle un indice de l’existence du charbon de terre ?

C’est ce que les siècles futurs nous apprendront. Mais si, surtout dans

le Foula Dougou, on venait à découvrir le charbon, ce serait à n’en pas

douter une découverte plus précieuse pour le pays que ne l’a été celle

de l’or.

Depuis Nioro jusqu’à Birou le terrain n’avait changé d’aspect qu’entre

Youri et Birou. En quittant Youri on se dirige sur une montagne peu

élevée dont le massif épais sépare le Kingui du Kaniarémé, qu’on appelle

vulgairement la route du désert. On la traverse en gravissant une pente

douce dans le défilé, et l’on arrive dans une plaine qui semble entourée

de tous côtés par des collines, qui se croisent de manière à ne pas

laisser apercevoir les issues de ce plateau. Tel est l’aspect général de

ce pays dont l’exploration de MM. Perraud et Béliard a complété la

carte, dressée par les renseignements que j’avais, et par mon propre

itinéraire.

Dans cette dernière route nous avions traversé deux marigots secs :

c’étaient les premiers que nous apercevions depuis longtemps ; ils se

dirigent vers l’Ouest.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 327 / 368 题