18 mai 1866.

En arrivant au campement qu’on m’indiqua, je ne pouvais plus me

soutenir. Je me laissai tomber sur ma natte et j’abandonnai aux gens de

la case le soin de mon cheval, me bornant à dire : Faites-le boire et

manger.

Touroungoumbé était un village du Kingui, très-considérable. Lieu de

passage des caravanes des Maures qui vont à Ségou, c’était là qu’elles

payaient l’impôt du passage, et un captif d’El Hadj, sorte de

gouverneur, était préposé à la perception de cet impôt.

Aussi y fûmes-nous dédommagés en partie par une bonne réception de ce

que nous avions souffert depuis huit jours ou plutôt depuis notre départ

de Toubacoura, dernière étape hospitalière dont j’ai gardé le souvenir.

Nous passâmes la journée tout entière en cet endroit, tant par force que

pour attendre les retardataires ; j’appris, en effet, que plusieurs

n’étaient arrivés que le soir et avaient été pillés par des Maures amis

qui campaient à petite distance de Touroungoumbé : mais pour qui connaît

les mœurs des Maures, cela n’a rien d’étonnant, et la seule chose

remarquable, c’est qu’ils n’aient pas tué, afin d’empêcher toute

dénonciation, de la part de ceux qu’ils venaient de piller.

Toujours est-il que le soir tout le monde fut rallié, et ce ne fut qu’à

la nuit, après un souper convenable, que nous pûmes prendre un vrai

repos, car tout le jour une curiosité bienveillante avait fait envahir

notre maison par tout le village, impatient de voir ces blancs

extraordinaires qui pouvaient faire tout ce que les noirs font et plus

encore. Le fait est que nos amis, en exagérant nos qualités, notre

savoir et notre bravoure, nous avaient élevés sur un piédestal tel, que,

si je me fusse avisé de faire le salam, j’aurais passé pour un grand

marabout, parce que je savais déchiffrer quelques mots d’arabe et écrire

à peu près au moyen des caractères de cette langue, et je ne suis pas

bien sûr qu’un jour ou l’autre on ne dise pas que j’ai gagné des

batailles à moi tout seul, avec toutefois mon pistolet à six coups,

qu’on se désolait de ne pouvoir admirer ; mais quand je disais que

j’avais donné cette merveille à Ahmadou, oh ! alors, c’était un chœur

intarissable sur la générosité des blancs.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 323 / 368 题