Vers trois heures et demie j’étais en route, et lorsque le jour parut,
le 6 mai 1866, j’avais quitté Ségou-Sikoro pour n’y plus rentrer. A
Ségou-Koro, je fis décharger les animaux ; mais à peine mes bagages
étaient-ils à terre qu’Amadi Boubakar de Kouniakary vint me dire de
continuer jusqu’à Dougou Kounan, où se trouvait déjà Mahmadou Abi[244].
J’allai donc camper à ce village sous de beaux arbres, puis j’allai
saluer ce prince. C’était, de tous ceux de Ségou, celui que j’avais le
moins bien traité en cadeaux, et cela à cause d’une certaine fierté qui
me déplaisait en lui ; ses demandes avaient l’air d’ordres, et je les
refusais presque toujours. Malgré cela, il me fit très-bonne figure.
J’appris qu’Ahmadou, la veille, était sorti vers le soir pour le mettre
en route jusqu’à Ségou-Bougou, puis qu’après il était rentré palabrer
avec les chefs qui partaient avec nous.
Avec le jour je vis arriver bien du monde. D’abord ceux qui partaient
puis leurs amis, les nôtres, San Farba entre autres, puis enfin Samba
N’diaye nous apportant, de la part d’Ahmadou, un pain de sucre pour la
route.
Nous passâmes ainsi toute la journée du 6 mai à recevoir des visites,
ignorant encore quand nous partirions, et quels étaient ceux qui
venaient avec nous jusqu’à Saint-Louis.