2 mai 1866.

Enfin, le 2 mai, Ahmadou fit un palabre avec les Talibés du Diomfoutou

désignés pour partir ; il leur commanda de ne pas sortir de Ségou-

Sikoro, parce qu’il allait avoir besoin d’eux peut-être au milieu de la

nuit. Puis il leur promit des vêtements pour la route. En même temps

j’apprenais que Tierno Abdoul Ségou partait pour Yamina, et l’on disait

que c’était pour arrêter tous les déserteurs qui voudraient partir avec

nous. L’après-midi le palabre d’Ahmadou avec les Sofas et les Talibés

recommença ; il fit changer sept des Talibés, au retour desquels il ne

croyait pas, et fit enfin distribuer le couscous, à raison d’un moule

par homme, à ceux qui devaient partir.

Malgré cela, je ne savais encore sur quoi compter, et bien que quelques

personnes pensassent que je partirais le lendemain, j’avais bien de la

peine à le croire. Cependant, le lendemain matin Seïdou m’annonçait que

le soir, à la nuit tombée, Ahmadou avait fait appeler tous les chefs de

Ségou pour les prévenir qu’il allait me laisser partir, et qu’à ce sujet

chacun avait émis son avis. Tierno Abdoul Kadi avait soutenu notre cause

et demandé à Ahmadou de nous bien traiter jusqu’au dernier moment,

disant que depuis notre arrivée, il l’avait engagé à ne pas écouter les

mauvais bruits qu’on faisait courir sur l’objet de notre mission et

qu’aujourd’hui tout le monde pouvait voir que nous étions venus pour

faire le bien et non pour espionner dans le pays.

Seul Mohammed Bobo, notre ennemi juré, avait combattu notre renvoi, bien

que ce fût une chose décidée, mais il voulait soutenir l’opinion qu’il

avait toujours exprimée qu’on devait se défier des blancs, qui viennent

toujours avec de belles paroles et qui finissent par s’emparer des pays

où ils vont. En se quittant à une heure avancée de la nuit ils étaient

tous d’accord, et cependant comme rien n’est jamais terminé dans ce

maudit pays, Ahmadou leur avait dit de revenir le lendemain pour en

finir. Alors, sous l’inspiration de Tierno Abdoul Kadi, tous les chefs

avaient écrit à Ahmadou une lettre collective pour l’engager à nous

laisser partir : ce qu’Ahmadou avait accordé d’autant plus volontiers

qu’il y était déjà tout décidé.

Cette petite comédie me semble un trait de mœurs très-caractéristique.

Pendant deux ans et demi Ahmadou ne consulte personne, et personne ne

lui donne son avis ; le jour où tout est arrêté, convenu, il provoque

une discussion pour la forme et a l’air de céder à l’avis des chefs,

enchantés d’être consultés.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 307 / 368 题