27 avril 1866.

Le jour suivant, bien que la fête ne fût pas terminée, je commençais à

m’inquiéter sérieusement d’un bruit qu’on faisait courir, qu’Ahmadou

s’était laissé persuader d’attendre les pluies, à cause de la sécheresse

qui rendait impossible un voyage à travers les broussailles. Je savais

par les Pouls qui venaient continuellement de Toumboula qu’il y avait

assez d’eau dans les marigots de la route pour que 200 hommes pussent

passer. Cela ne pouvait donc être qu’un prétexte. Quant à Ahmadou, il ne

disait rien.

Installé en grande pompe sur la place de Doubalel Coro (le vieux

Doubalel), il tenait un grand palabre avec les Bambaras captifs de la

couronne et leur chef Matinenbo, et leur faisait raconter, par quatre

déserteurs de chez Mari, arrivés la veille, ce qui se passait à Touna.

Voici la substance de ce récit.

Quelques villages bambaras soumis à Ahmadou avaient fui en masse

quelques jours auparavant et étaient venus, hommes, femmes et enfants,

trouver Mari, qui avait fait partir aussitôt tous les hommes pour une

expédition et pendant ce temps avait vendu les femmes et les enfants

pour avoir des chevaux. A leur retour ils n’avaient plus trouvé

personne, et Mari leur avait répondu : « Ne vous faites pas de chagrin,

quand je serai revenu à Ségou je vous les ferai rendre. »

Naturellement les Bambaras en étaient à regretter leurs déserteurs.

Voilà quelle était la morale du récit. Les quatre narrateurs étaient des

Soninkés qui, pris enfants par les armées de Mari, avaient été dressés

comme Sofas de la garde et qui, devenus grands, rentraient au bercail.

Quant aux forces de Mari, on disait qu’il n’avait que 250 chevaux, chose

assez croyable, vu le peu qu’il y en avait à Toghou.

On faisait dire également à ces hommes que les chefs de Sofas de Mari,

mécontents de la manière dont il les traitait, avaient palabré et

projeté de couper la tête à leur maître, et de venir tous ensemble

attaquer Ségou pour se le partager ; mais que, sur les observations de

Mari, qui avait été prévenu, ce projet n’avait pas eu de suite.

Quelques jours encore se passèrent, et tous ceux qui avaient le même

intérêt que moi à partir passaient par des alternatives d’espérance et

de découragement telles que je ne savais plus moi-même que penser ;

cependant, en constatant qu’Ahmadou ne cessait pas de s’occuper de notre

affaire (comme on appelait notre départ), je conservais toujours un peu

d’espoir.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 306 / 368 题