Le 26, ne voyant rien venir relativement au départ, je lançai de nouveau
Samba N’diaye sur le palais d’Ahmadou. Depuis qu’il était guéri, Samba
entrait avec ardeur dans notre cause ; au fond, je crois bien que
c’était par intérêt et dans l’espoir d’un cadeau ; mais quoi qu’il en
soit, il alla tout de suite trouver Ahmadou, et dès qu’il eut annoncé
qu’il venait de notre part : « C’est bien, dit Ahmadou, ne dis rien, ils
vont partir, je te ferai appeler. » En effet, dès ce moment, Ahmadou
sembla s’occuper davantage du choix des Talibés qu’il allait expédier
comme recruteurs. Il appelait les chefs les plus influents et les
consultait. Le 28, il répondait à une sommation de ma part que, pour
moi, tout était prêt, mais qu’il n’avait pas encore choisi les chefs
qu’il voulait envoyer dans le Fouta. Il me fallait patienter, et
cependant j’inscrivais trente-neuf jours de retard sur les promesses
solennelles de partir le lendemain du Cauri. Samba N’diaye pensait que
nous partirions avant quatre jours, j’en mettais huit ou dix, et j’étais
encore au-dessous de la vérité. Mais qu’y pouvais-je faire ? Il y avait
certitude morale de partir, tous les chefs que j’allais voir me le
disaient, même ceux qui jusqu’alors étaient restés envers moi dans une
réserve excessive, comme Boubakar Mahmady Diam.
D’ailleurs, personne ne pouvait savoir ce qu’Ahmadou attendait. Divers
événements venaient faire perdre des journées entières. Le 30 mars, on
annonçait qu’un _bamé_ de Bambaras tombait sur Cochonna ; Ahmadou
sortait lui-même à cheval et je le suivis au grand galop jusqu’à
Pélengana. Le lendemain, même scène. Et tout cela pour rien.
Avril 1866.
Le 1er avril, c’étaient les dix-sept villages de Béléko (Baninko) qui
venaient faire leur soumission et ramenaient quatre des femmes prises
par l’armée de Mari à Banancoro. Elles avaient pu s’enfuir de chez Mari
et s’étaient réfugiées là. Mari les avait fait réclamer, mais ces
villages, qui forment une sorte de pays indépendant, avaient refusé de
les rendre. L’armée de Mari était alors venue les attaquer, et ils
l’avaient chassée, lui avaient tué cent hommes, disaient-ils, et avaient
pris un très-beau cheval, qu’ils amenaient à Ahmadou en présent.
Ils furent naturellement très-bien reçus et logés chez Hiaïa, le Talibé
qui jadis touchait l’impôt de leur pays. J’en profitai pour aller aux
renseignements, et ceux que j’obtins me permirent d’apporter quelques
corrections au premier tracé que j’avais fait du cours du Bakhoy et de
ses affluents ; cette partie de ma carte est aujourd’hui aussi exacte
que peut l’être une carte dressée d’après des renseignements.