Alors la confiance revint. C’étaient deux bonnes juments très-
vigoureuses. La mienne était un peu plus grande que celle du docteur, un
peu plus grosse, mais elle était moins rapide à la course.
En même temps que nous recevions ce cadeau qui nous causait une bien
vive joie, nous apprenions que décidément un prince devait nous
accompagner. On en parlait depuis quelque temps, et maintenant il était
aussi sûr que possible que Mahmadou Abi allait partir pour Nioro.
Malheureusement, il y eut encore trois jours entiers de perdus, par
suite d’une pluie torrentielle accompagnée de grains du S.-O. qui força
tout le monde à se confiner dans les maisons. Dès qu’elle fut terminée
on recommença à compter les cent hommes demandés au Diomfoutou, et on ne
put parvenir à les réunir. Aguibou était chargé de les trouver, mais à
part les Talibés attachés à sa personne ou à Mahmadou Abi (c’étaient
presque tous des jeunes gens), aucun, surtout de ceux qui avaient une
famille, ne se souciait d’aller à Nioro pour y mourir de faim, se faire
tuer en route et laisser sa femme sans ressources. Nous entendions cela
du matin au soir et je constatai avec chagrin ces symptômes de retard.
Chaque jour on comptait et toujours il manquait du monde. Le chef du
Diomfoutou disait bien que, le jour où Ahmadou le désirerait, il aurait
le monde, mais jamais les cent hommes n’étaient au complet. Quant à
Ahmadou, s’il se préparait à nous expédier, il allait lentement, et le
mil à débarquer venait de temps à autre lui faire perdre des journées
entières.