23 février 1866.

Le vendredi 23 était arrivé, mais en même temps une nouvelle fâcheuse.

Fali, le chef des Sofas, le fils de l’ancien roi de Tamba était mort

dans la nuit. Ahmadou perdait en lui un excellent serviteur ; cela

l’attristait et pouvait être un nouvel obstacle, mais par contre il

recevait une nouvelle qui, le comblant de joie, devait l’absorber. Un

Talibé, nommé Mahmadou Falel, Yoloff de naissance, arrivait de

Dinguiray, portant à Ahmadou des lettres de sa mère et des fusils de

munition à baïonnette, qui avaient été achetés aux comptoirs du Rio

Pongo. Malgré ces contre-temps, je vis Ahmadou, mais il me fit prévenir

qu’on ne pourrait parler d’affaires, et le soir, quand je voulus obtenir

de le voir le lendemain, ce fut impossible ; néanmoins, Ahmadou parlait

à différentes personnes, et ceux qui étaient les plus intéressés à

partir, tels que Badara, étaient convaincus que, à quelques jours près,

le moment était venu.

En même temps que Mahmadou Falel, étaient arrivés deux Toucouleurs qui

portaient des nouvelles du Sénégal. Bien qu’ils eussent été en partie

témoins des événements qu’ils racontaient, je fus à même, à mon retour,

de voir combien on dénaturait les faits à distance. C’est ainsi qu’ils

m’annonçaient le changement de gouverneur et les principaux événements

de la guerre que Maba faisait dans les provinces du Cayor, du Djoloff et

sur les bords de la Gambie, qu’ils racontaient en exagérant à dessein

les succès des musulmans.

Le même soir Ahmadou avait une conférence avec Alpha Mahmadou, le parent

de Falel, et avec Badara, auxquels il assurait que nous allions partir.

Les instances de Badara étaient causées par une nouvelle lettre arrivée

de son village, et en même temps qu’il la recevait, on apprenait que

l’armée de Nioro, pour dégager Toumboula, était venue attaquer Digna,

qu’elle l’avait cerné pendant trois jours, mais qu’à la nouvelle qu’un

envoyé d’Ahmadou arrivait, elle s’était dépêchée de rentrer à Nioro, de

crainte qu’on ne vînt la chercher. Or, cet envoyé d’Ahmadou n’existait

pas ; le voyageur en question était simplement Mahmadou Iffra, l’envoyé

du Guidimakha, dont j’ai parlé au commencement de mon séjour à Ségou.

Quand Samba N’diaye l’avait chassé de chez lui, après le départ de

Bakary Guëye, il avait erré dans le pays à la recherche de moyens

d’existence, et, fatigué, il avait pris la route du retour, se disant

envoyé par Ahmadou et moi, vers le gouverneur, délivrant sans s’en

douter les Bambaras de Digna.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 289 / 368 题