J’envoyai Samba N’diaye dire un mot à Ahmadou qui, le 20, me fit
répondre « qu’il avait d’abord promis de me parler ce jour-là, mais
qu’il était accablé d’affaires et craignait de n’avoir pas le temps ;
qu’il ne changeait rien à ce dont nous étions convenus ; que je n’avais
qu’à me préparer, parce qu’aussitôt qu’il m’appellerait, ce serait pour
me mettre en route. »
Pour qui connaissait les habitudes d’Ahmadou comme nous les connaissions
à cette époque, cela remettait tout en question et voulait dire : Ne
m’importunez pas ; quand je serai prêt, vous partirez.
Après avoir conféré avec le docteur, je renvoyai Samba N’diaye lui dire
que je comprenais, mais que je ne pouvais préparer mes bagages sans
savoir l’époque du départ ; que s’il voulait la fixer à un jour ou deux
près, j’en garderais le secret, mais que ce serait plus commode.
Samba, en faisant ma commission, jugea convenable de dire à Ahmadou
qu’il m’avait offert, si Ahmadou l’acceptait, de remettre notre entrevue
au vendredi 23. A quoi Ahmadou, enchanté de gagner trois jours, avait
répondu tout de suite _Min diabé_ (je veux bien). Ce n’était pas mon
compte, mais c’était fait, je n’avais plus qu’à patienter trois jours,
et je le fis d’autant plus volontiers que tout semblait bien marcher.
Politiquement parlant, un fait d’une haute importance venait de se
produire. Vingt-trois villages du Baninko étaient venus faire leur
soumission en apportant un tribut et ramenant à Ahmadou un Talibé, de
l’armée des Djawaras, qui, blessé à Sélé, avait été recueilli par ce
village au lieu d’être tué comme d’habitude.