29 décembre 1865.

Le dernier événement de cette année fut pour moi la visite que je reçus

d’un schérif marocain, arrivé depuis plus de six mois avec les derniers

voyageurs de Tichit, et qui était venu ostensiblement pour demander à

Ahmadou ou à El Hadj des livres arabes que possédait ce dernier ; on le

disait envoyé par la famille de Cheick Tidiani, marabout très-respecté,

par le nom duquel on fait serment.

C’était un homme âgé, présentant le type arabe des tribus Chambas : les

yeux petits, très-enfoncés dans leurs orbites, le nez droit, la bouche

mince, la figure maigre et d’énormes oreilles.

Brave homme au fond, il souffrait beaucoup. Logé chez Sidy Abdallah,

auquel Ahmadou l’avait confié, il ne se trouvait pas satisfait des repas

qu’on lui faisait faire ; il avait été malade, s’était plaint de Sidy

Abdallah à Ahmadou, et depuis ce temps ils ne s’entendaient pas très-

bien ; quoique Ahmadou lui donnât de temps à autre assez généreusement

un captif, pour subvenir à ses dépenses personnelles, il se plaignait du

manque de ressources du pays, et d’après cela on peut penser si, moi, je

devais m’en plaindre.

En somme, ce vieux schérif Mohammed en avait assez de Ségou ; il voulait

s’en retourner, et il avait demandé à revenir avec moi à Saint-Louis,

pour de là aller au Maroc par un navire, si faire se pouvait, car il

avait beaucoup souffert de la traversée du désert à dos de chameau et ne

voulait plus en entendre parler.

Sachant qu’Ahmadou le traitait avec beaucoup de considération, je le

reçus très-bien, je l’engageai à venir me voir ; car à tout hasard, en

pays de musulmans fanatiques, le fait d’établir des relations

habituelles avec un schérif ne pouvait que me relever aux yeux des

Talibés.

Enfin, le 31 décembre, Guiberrou vint me voir pour me prier de lui

prêter quatre mille cauris pour quelques jours, ce que je fis

volontiers, et il eut un long palabre avec Samba N’diaye ; ils

espéraient tous deux m’accompagner et s’en réjouissaient à l’avance par

l’idée des cadeaux qu’ils comptaient recevoir du gouverneur et des

autorités : « Oh ! si j’y vais, disaient-ils, à mon retour je n’aurai

plus qu’à me coucher et à manger jusqu’à être rassasié. » Manger et

dormir sans travailler, telle est la seule pensée, le seul mobile de ces

dévots musulmans.

[Décoration]

[Note 229 : Les Pouls sont de race blanche.]

[Note 230 : Gadas, esclaves de la case, destinés au service du maître ou

des femmes.]

[Note 231 : J’ai entendu.]

[Note 232 : Les médicaments étaient restés à Nioro : c’était du sulfate

de quinine et de l’ipéca, dont nous n’avions pas besoin ; les effets

étaient restés à Saint-Louis.]

[Note 233 : Petits livres de prières portatifs que les musulmans ont sur

eux en guise de grisgris.]

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 278 / 368 题