17 décembre 1865.

Le dimanche 17 décembre, je demandai à Samba N’diaye : « Eh bien, as-tu

toujours confiance dans les intentions d’Ahmadou à mon égard ?

— Non, me dit Samba, car après ce que je lui ai fait dire et ce

qu’Oulibo lui a dit, jamais je n’aurais cru qu’il laissât passer si

longtemps sans te faire appeler. »

Moi non plus, je n’avais plus confiance, et on peut facilement deviner

ce que je souffrais de cette incertitude, compliquée de paroles

inquiétantes, que Seïdou, toujours bien informé, venait me relater.

J’en étais là, lorsque, l’après-midi, j’appris qu’Ahmadou était dehors

sous les arbres. Mon parti fut vite pris. J’aurai une explication, me

dis-je, et j’allai le trouver. Là, affectant l’air le plus aimable, je

lui souhaitai le bonjour, je lui rappelai que j’avais attendu deux jours

à sa porte sans le voir, quoiqu’il m’eût dit de venir ; qu’alors j’étais

allé trouver Oulibo pour lui faire dire que j’avais absolument besoin de

lui parler, que je ne pouvais rester à Ségou sans conférer avec lui et

que si avant cinq jours je ne l’avais pas vu, je serais obligé de

partir. « Je ne veux pas, ajoutai-je, que tu me croies fâché, c’est pour

cela que je viens moi-même te dire cela ; mais il faut que je te parle

d’affaires ou que je parte. »

Ahmadou, qui avait interrompu une conversation sérieuse pour m’écouter

et avait fait déranger du monde pour me laisser passer, répondit tout de

suite : « Si je ne t’ai pas reçu le second jour, c’est que je ne suis

sorti pour personne. Du reste, je n’ai aucune raison pour ne pas te

recevoir.

— Alors, repris-je, si tu veux j’irai demain te voir.

— _Arre_ (viens) ! » telle fut sa réponse, et il ajouta : « _Che

Allaho_, tu me verras demain. »

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 266 / 368 题