Le dimanche 17 décembre, je demandai à Samba N’diaye : « Eh bien, as-tu
toujours confiance dans les intentions d’Ahmadou à mon égard ?
— Non, me dit Samba, car après ce que je lui ai fait dire et ce
qu’Oulibo lui a dit, jamais je n’aurais cru qu’il laissât passer si
longtemps sans te faire appeler. »
Moi non plus, je n’avais plus confiance, et on peut facilement deviner
ce que je souffrais de cette incertitude, compliquée de paroles
inquiétantes, que Seïdou, toujours bien informé, venait me relater.
J’en étais là, lorsque, l’après-midi, j’appris qu’Ahmadou était dehors
sous les arbres. Mon parti fut vite pris. J’aurai une explication, me
dis-je, et j’allai le trouver. Là, affectant l’air le plus aimable, je
lui souhaitai le bonjour, je lui rappelai que j’avais attendu deux jours
à sa porte sans le voir, quoiqu’il m’eût dit de venir ; qu’alors j’étais
allé trouver Oulibo pour lui faire dire que j’avais absolument besoin de
lui parler, que je ne pouvais rester à Ségou sans conférer avec lui et
que si avant cinq jours je ne l’avais pas vu, je serais obligé de
partir. « Je ne veux pas, ajoutai-je, que tu me croies fâché, c’est pour
cela que je viens moi-même te dire cela ; mais il faut que je te parle
d’affaires ou que je parte. »
Ahmadou, qui avait interrompu une conversation sérieuse pour m’écouter
et avait fait déranger du monde pour me laisser passer, répondit tout de
suite : « Si je ne t’ai pas reçu le second jour, c’est que je ne suis
sorti pour personne. Du reste, je n’ai aucune raison pour ne pas te
recevoir.
— Alors, repris-je, si tu veux j’irai demain te voir.
— _Arre_ (viens) ! » telle fut sa réponse, et il ajouta : « _Che
Allaho_, tu me verras demain. »