J’étais allé de très-bonne heure chez Ahmadou, et vers huit heures je
m’étais aperçu qu’il était sorti. Il se mit à jouer avec Soukoutou et
Mahmadou Mustaf qui étaient dans la cour réservée : je les voyais de
temps à autre à travers la porte du bilour où j’attendais. Un moment
même Ahmadou entra dans ce bilour, en courant après Mahmadou Mustaf qui
s’échappait, et je fus certain qu’il m’avait vu.
Peu après, je vis passer son déjeuner, auquel prirent part Arsec, N’gour
et Soukoutou, c’est-à-dire son Sofa barbier, son forgeron et son griot.
Puis, aussitôt après, il rentra chez ses femmes ; je le fis prévenir
deux fois de ma présence par des _Gadas_[230]. Il sortit, expédia deux
affaires, puis rentra.
Enfin, à quatre heures, il sortit pour se rendre sous les arbres ; je
l’arrêtai au passage, en lui disant que je l’attendais depuis le matin.
Il baissa les yeux, parut embarrassé et me dit qu’il ne le savait pas.
C’était un mensonge (bien qu’il soit d’usage de dire à Ségou qu’Ahmadou
ne ment jamais), j’insistai pour lui parler. Il me dit qu’il avait
affaire, que je revinsse le lendemain.
Cela me consola de ma longue attente et je sortis pour aller déjeuner, à
quatre heures et demie de l’après-midi.