Enfin, le lendemain, Ahmadou se rendit au marché et les Talibés vinrent
faire Toubi. Ahmadou profita de cela pour les sermonner. Il dit que,
quant à lui, il n’était pas fâché, qu’on lui avait rapporté que les
Talibés se plaignaient qu’il ne leur donnait rien, qu’ils disaient
qu’ils ne voulaient plus se battre ; que si le pays se révoltait,
c’était leur affaire autant que la sienne, que le jour où on lui
couperait le cou on le couperait à bien d’autres.
Et pour terminer il leur dit :
« Je vous demande de faire rentrer tous les Talibés qui sont dans le
pays et qui vivent chez les Bambaras, ce qui brouille les affaires. Il
faut que les Talibés restent à Ségou afin que si les Bambaras reviennent
pour nous attaquer nous sortions tous ensemble. »
Puis, au milieu de ses recommandations, il fit celle de ne pas laisser
sortir les femmes mariées dans la rue ni au marché.
Le soir, les griots parcoururent la ville en criant cet ordre par-dessus
les murs ; et j’entendis une de ces dames répondre : « Va dire à Ahmadou
qu’il me donne alors de quoi manger. » Du reste, il n’y avait pas de
cadeau de fait, et si l’affaire était arrangée dans la forme, elle ne
l’était pas au fond.
Le soir, Guiberrou, l’un des Talibés intimes d’Ahmadou, que l’opinion
publique désignait comme devant partir avec nous, et qui espérait être
du voyage, vint me dire que l’affaire d’Ahmadou avec les Talibés était
terminée, que je pouvais aller lui parler. Je crus d’abord que c’était
Ahmadou qui l’envoyait, mais le lendemain je fus cruellement détrompé.