12 décembre 1865.

Enfin, le lendemain, Ahmadou se rendit au marché et les Talibés vinrent

faire Toubi. Ahmadou profita de cela pour les sermonner. Il dit que,

quant à lui, il n’était pas fâché, qu’on lui avait rapporté que les

Talibés se plaignaient qu’il ne leur donnait rien, qu’ils disaient

qu’ils ne voulaient plus se battre ; que si le pays se révoltait,

c’était leur affaire autant que la sienne, que le jour où on lui

couperait le cou on le couperait à bien d’autres.

Et pour terminer il leur dit :

« Je vous demande de faire rentrer tous les Talibés qui sont dans le

pays et qui vivent chez les Bambaras, ce qui brouille les affaires. Il

faut que les Talibés restent à Ségou afin que si les Bambaras reviennent

pour nous attaquer nous sortions tous ensemble. »

Puis, au milieu de ses recommandations, il fit celle de ne pas laisser

sortir les femmes mariées dans la rue ni au marché.

Le soir, les griots parcoururent la ville en criant cet ordre par-dessus

les murs ; et j’entendis une de ces dames répondre : « Va dire à Ahmadou

qu’il me donne alors de quoi manger. » Du reste, il n’y avait pas de

cadeau de fait, et si l’affaire était arrangée dans la forme, elle ne

l’était pas au fond.

Le soir, Guiberrou, l’un des Talibés intimes d’Ahmadou, que l’opinion

publique désignait comme devant partir avec nous, et qui espérait être

du voyage, vint me dire que l’affaire d’Ahmadou avec les Talibés était

terminée, que je pouvais aller lui parler. Je crus d’abord que c’était

Ahmadou qui l’envoyait, mais le lendemain je fus cruellement détrompé.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 263 / 368 题