Les choses allèrent ainsi jusqu’au 20 novembre, où l’on apprit que
l’armée de Mari était en marche ; c’étaient des femmes de Talibés,
prises à Banancoro par les Bambaras, qui, ayant réussi à s’échapper,
apportaient cette nouvelle. Elles disaient l’armée très-forte et avaient
travaillé à faire le couscous des Sofas de Mari.
Aussitôt Ahmadou fit dire aux Sofas, qui étaient à Dougassou, sous la
conduite d’Arsec, de se rendre à Koghé, qu’on désignait comme lieu
d’attaque, et une certaine panique s’empara des petits villages du Sud,
qui se réfugièrent en masse à Ségou. Mais les Talibés ne sortirent pas
davantage et même un certain nombre rentrèrent.
Au milieu de tout cela, bien qu’officiellement il ne fût pas question de
mon départ, chacun était convaincu que j’allais partir et il y avait
bien des intrigues pour partir en même temps. Un jeune chef du
Bakhounou, Alpha Mahmodou, neveu de Falel, qui était à Ségou depuis
longtemps, demandait à retourner au Bakhounou, et disait avoir la
promesse de partir avec moi : il venait de temps à autre me voir et
savoir si je n’avais pas de nouvelles. De ma vie je n’ai vu un si beau
type d’homme.
D’une taille moyenne, Alpha Mahmodou avait une démarche d’une noblesse
peu commune : sa tête rasée était ronde, son front, naturellement très-
haut, dominait un bel arc sourcilier sous lequel brillaient de grands
yeux d’une douceur peu commune ; son nez aquilin n’avait presque pas
plus de narines qu’un nez européen ; ses lèvres étaient assez épaisses
pour donner à sa bouche une expression voluptueuse ; son menton, bien
formé, complétait cet ensemble d’une beauté peu commune. Son teint était
d’un bronze très-clair.
Alpha Mahmodou avait un sang mélangé de Peuhl et de Maure ; il n’avait
presque pas de sang nègre, et cette remarque est applicable à la plupart
des beaux types que l’on rencontre et dans lesquels c’est toujours la
race blanche[229] qui domine.