12 novembre 1865.

Ces nouvelles nous arrivaient toujours plus ou moins défigurées, mais

telle était à peu près la situation le 12 novembre quand le tabala

battit.

J’envoyai aux renseignements. Ahmadou était sorti et se tenait sous les

arbres de son père. On disait qu’une femme arrivait de chez Mari,

affirmant qu’elle était partie au moment où il réunissait son armée pour

envahir le pays : il venait sur la demande de quelques-uns des villages

d’Ahmadou, qui lui avaient écrit que toute l’armée d’Ahmadou avait été

_finie_ (gassi) au siége de Sansandig.

Le plan de combat était que le fils aîné de Mari qui occupait le village

fortifié de Kenié Kouloumba, tombât sur Nagassola, tandis que l’armée

envoyée à Sansandig, qu’on avait rappelée, attaquerait Koghé, et pendant

ce temps tous les Bambaras se révolteraient.

Ahmadou décida immédiatement qu’il enverrait une armée près de Dougassou

et une à Koghé, et, séance tenante, il fit rappeler tous les Talibés qui

erraient dans le pays.

Mais à partir de ce moment commença entre lui et les Talibés une lutte

journalière. Les Talibés ne voulaient pas sortir et ne sortaient pas.

Ahmadou passait ses journées à palabrer sous les arbres, mais gagnait

peu et cela le mettait de très-mauvaise humeur. J’allai plusieurs fois

le voir, et je demandai à lui parler pour notre départ, mais chaque fois

il prétextait les occupations pressantes que lui causait l’armée, et je

fus remis de jour en jour.

Pendant ce temps, de tous côtés on me disait que j’allais partir ;

j’appris même que plusieurs personnes assez haut placées, et entre

autres Tierno Alassane, demandaient à partir avec moi comme envoyés

d’Ahmadou.

Ce qui semblait le plus vrai au milieu de toutes les nouvelles

impossibles qu’on faisait circuler, c’est qu’Ahmadou craignait un coup

de main des Bambaras, et qu’il voulait se mettre en mesure pour ne pas

se laisser surprendre.

Aussi chaque fois que j’allais lui demander si je ne partirais pas

bientôt, il me répondait : « Je n’ai pas encore de nouvelles sûres du

pays, je te ferai appeler quand j’en aurai. »

Mais je ne me rebutais pas, et au risque de l’importuner, je revenais à

la charge.

Il n’y avait pas jusqu’à Samba N’diaye que ne se berçât par moments de

l’espoir de venir avec nous à Saint-Louis. Un ami d’Ahmadou, un Talibé,

nommé Saadou, Fouta Diallonké, remarquable par sa beauté, vint le voir

et s’inquiéter de sa maladie ; Samba vit aussitôt là l’intention

d’Ahmadou de savoir s’il pourrait bientôt nous accompagner.

En attendant, nous ne partions pas ; chaque jour j’allais importuner et

presser le roi, mais je ne gagnais rien. On faisait courir la nouvelle

que Tidiani était à Jenné, mais à ce moment tout cela m’importait peu,

d’autant que je n’y croyais pas.

D’un autre côté, le petit nombre de combattants qui étaient sortis et

qui campaient à Marcadougouba demandaient à rentrer. Ahmadou leur fit

répondre d’aller à Koghé, mais ils refusèrent, disant qu’ils y

mourraient de faim, et les gens de Koghé envoyèrent dire à Ahmadou

qu’ils ne les recevraient pas parce qu’ils n’avaient pas eux-mêmes de

quoi manger.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 259 / 368 题