7 octobre 1865.

Ce ne fut que le 7 octobre que je parvins à voir Ahmadou, après que

j’eus fait entrer Paté Dali dans ma cause. Ce fut lui qui m’introduisit

auprès d’Ahmadou avant que personne fût là. Je profitai de l’occasion

pour redire à Ahmadou tout ce que j’avais chargé Abdoul Kadi de lui

dire, et je lui demandai si on lui avait tout rapporté. Quand il m’eut

fait la réponse qu’Abdoul Kadi m’avait déjà transmise, je lui rappelai

que depuis cinq mois il me promettait d’expédier ce courrier et que

jamais il n’était parti. C’est pourquoi, lui dis-je assez durement, je

n’ai plus confiance. A mon grand étonnement, Paté Dali m’appuya, en

disant : _Gonga_ (c’est vrai, c’est juste). Ahmadou me dit alors qu’il

avait une affaire à terminer, et que, dès qu’elle serait faite, je

pouvais être sans inquiétude, que Seïdou partirait, et qu’avant de

l’expédier il me ferait appeler pour régler une affaire entre nous deux.

Le ton dont il me dit cela était si bienveillant, si mystérieux en même

temps, que je crus un instant, surtout en rapprochant ses paroles de

certaines réticences de Paté Dali, qu’Ahmadou était décidé à me faire

partir moi-même, mais qu’il cachait cette intention.

L’affaire des cauris, traitée au début, l’avait été à mon entière

satisfaction, et l’ordre d’en porter 100000 à la maison avait été donné.

La conversation en resta là, et en rentrant à la maison j’acquis la

conviction que l’opinion générale était que j’allais partir.

Dès lors je cessai d’y compter positivement ; il suffisait qu’on y crût

pour que ce ne fût pas vrai, et je pensai, non sans raison, qu’Ahmadou

avait besoin de faire chercher quelque chose à Bakel ou à Médine, et

qu’il voulait s’assurer de mon concours, soit pour cela, soit pour avoir

des canons : mais je me promis _in petto_ de le mal recevoir. Les jours

suivants, j’acquis la certitude qu’Ahmadou voulait envoyer pas mal de

monde en même temps que Seïdou. Cela m’inquiétait.

Il était question de renvoyer le vieux Badara Tunkara dans ses foyers, à

Toumboula ; il le demandait avec insistance, et comme il était évident

qu’après l’avoir gardé si longtemps on ne le renverrait pas sans

secours, cela devait faire traîner la chose en longueur. Sidy Abdallah,

du reste, m’affirmait que je ne partirais pas. Au contraire, Paté Dali,

avec ses airs mystérieux, semblait me donner de l’espoir.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 247 / 368 题