29 septembre 1865.

Enfin, un peu de mieux se déclara, et le 29 je me transportai chez

Ahmadou. J’étais si faible, qu’en arrivant je ne pouvais plus parler. Ma

maigreur était devenue affreuse ; mon teint brûlé par le soleil, bronzé

par la vie au grand air, avait subitement pris des teintes cadavéreuses,

et Ahmadou lui-même en parut touché. Il me dit qu’il allait m’envoyer

des cauris et un bœuf que j’avais fait demander, mais rien relativement

à mon départ.

Je rentrai à la maison à bout de forces et je fus obligé de m’asseoir

plusieurs fois en route. Mais je ne voulus plus me coucher, et je me

disais que, si la mort venait, je voulais du moins lutter contre elle

jusqu’au dernier moment.

De son côté, Samba N’diaye était malade de sa blessure. La gangrène s’y

était d’abord mise ; toutefois, grâce aux pansements de Quintin, la

plaie était en bonne voie de guérison. Mais des accidents nerveux

s’étant déclarés, il recevait des sortes de secousses électriques qui

lui arrachaient des cris, et comme Quintin n’y pouvait rien, Samba se

croyait perdu et ne songeait plus à réagir. Lorsque ses accès devenaient

violents, toutes les femmes de la case, captives ou autres, se mettaient

à pleurer.

On peut concevoir combien la position était déplorable.

A cette époque je m’installai sur la terrasse de la maison, dans la case

de paille de Samba N’diaye, pour pouvoir respirer.

1er octobre 1865.

Le 1er octobre, j’y étais couché quand Seïdou vint me réveiller pour me

dire qu’Ahmadou avait refusé à Abdoul Kadi de me laisser partir, mais

qu’il avait offert de tenir sa parole quant à l’envoi d’un courrier et

d’expédier Seïdou. Ahmadou n’avait donné d’autres raisons que celles que

j’entendais depuis dix-neuf mois. Il n’y avait pas à insister.

Le lendemain, Abdoul Kadi me répétait lui-même sa conversation avec

Ahmadou, et comme il me voyait découragé, il me promettait qu’il ne

laisserait pas Ahmadou tranquille avant que Seïdou fût en route.

Je cherchai vainement à voir Ahmadou les deux jours suivants ; j’avais

doublement besoin de lui parler, car il n’envoyait pas les cauris

demandés et promis.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 245 / 368 题