23 septembre 1865.

Ahmadou, à défaut de victoire, ramenait un certain nombre de captives.

Il avait de plus bien _fatigué_ Sansandig ; il avait forcé un certain

nombre de villages à se jeter dans son parti, et leur population, qu’il

ramenait, venait grossir les rangs de ses partisans.

On affectait une grande joie, bien qu’on ne la ressentît pas. Tout le

monde, ou du moins tous les chefs, avaient conscience de la faiblesse de

l’armée. Je ne tardai pas à le savoir et je tentai de mettre à profit

cette conviction pour obtenir de partir.

Seïdou, mon courrier, avait fait la route de Sansandig à Ségou-Sikoro,

en pirogue, avec Paté Dali, le Diawandou[219] d’Ahmadou, qui jouit près

de lui d’une grande influence. Ce dernier, originaire du Kaarta et

sachant fort bien l’état des choses, avait dit à Seïdou qu’ils étaient

en mauvaise position, que les Talibés diminuaient de jour en jour, qu’il

leur faudrait une armée du Fouta ; et il lui avait demandé si, quand je

rentrerais au Sénégal, je ne pourrais leur donner un coup de main pour

faire venir des renforts de ce pays, ajoutant qu’il avait l’intention,

ainsi qu’Abdoul Kadi, d’en parler à Ahmadou, parce qu’ils avaient grand

besoin d’un tel renfort.

Grâce à l’intimité de Tierno Abdoul Kadi, Seïdou qui connaissait tout le

monde dans le Fouta, avait seul parmi mes hommes le privilége de tout

voir, de tout entendre sans exciter de soupçons.

Dès qu’il vint me rapporter cette conversation, je résolus d’en tirer

parti. Après avoir conféré avec Samba N’diaye et Quintin, je me décidai

à prier Abdoul Kadi d’insister auprès d’Ahmadou pour qu’il me fît

partir, en lui promettant en mon nom tout ce qu’il pourrait demander.

Bien entendu, je persuadai Samba N’diaye de mes bonnes intentions, et ce

n’est que pour cela qu’il entra dans mes vues.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 243 / 368 题