Ahmadou, à défaut de victoire, ramenait un certain nombre de captives.
Il avait de plus bien _fatigué_ Sansandig ; il avait forcé un certain
nombre de villages à se jeter dans son parti, et leur population, qu’il
ramenait, venait grossir les rangs de ses partisans.
On affectait une grande joie, bien qu’on ne la ressentît pas. Tout le
monde, ou du moins tous les chefs, avaient conscience de la faiblesse de
l’armée. Je ne tardai pas à le savoir et je tentai de mettre à profit
cette conviction pour obtenir de partir.
Seïdou, mon courrier, avait fait la route de Sansandig à Ségou-Sikoro,
en pirogue, avec Paté Dali, le Diawandou[219] d’Ahmadou, qui jouit près
de lui d’une grande influence. Ce dernier, originaire du Kaarta et
sachant fort bien l’état des choses, avait dit à Seïdou qu’ils étaient
en mauvaise position, que les Talibés diminuaient de jour en jour, qu’il
leur faudrait une armée du Fouta ; et il lui avait demandé si, quand je
rentrerais au Sénégal, je ne pourrais leur donner un coup de main pour
faire venir des renforts de ce pays, ajoutant qu’il avait l’intention,
ainsi qu’Abdoul Kadi, d’en parler à Ahmadou, parce qu’ils avaient grand
besoin d’un tel renfort.
Grâce à l’intimité de Tierno Abdoul Kadi, Seïdou qui connaissait tout le
monde dans le Fouta, avait seul parmi mes hommes le privilége de tout
voir, de tout entendre sans exciter de soupçons.
Dès qu’il vint me rapporter cette conversation, je résolus d’en tirer
parti. Après avoir conféré avec Samba N’diaye et Quintin, je me décidai
à prier Abdoul Kadi d’insister auprès d’Ahmadou pour qu’il me fît
partir, en lui promettant en mon nom tout ce qu’il pourrait demander.
Bien entendu, je persuadai Samba N’diaye de mes bonnes intentions, et ce
n’est que pour cela qu’il entra dans mes vues.