Dès le lendemain, nous étions, quoique bien fatigués, en quête de
nouvelles, et à notre grand étonnement nous ne tardions pas à savoir
qu’il n’y avait eu aucune menace du côté du Macina, mais bien du côté de
Mari. C’était le vieux Tierno-Abdoul qui, commis à la garde de Ségou-
Sikoro, avait écrit à Ahmadou pour le supplier de rentrer, lui disant
qu’il savait par ses espions que Mari avait rassemblé une armée, et que,
dès qu’il aurait passé le Bakhoy, tout ce qu’il y avait de Bambaras dans
le pays était décidé à se soulever contre Ahmadou et à venir attaquer la
capitale pour y replacer Mari ; et, ajoutait Tierno dans sa lettre,
« avec les hommes que j’ai ici, qui presque tous manquent de fusils, je
ne l’attendrai pas. »
C’était au reçu de cette lettre qu’Ahmadou, ayant consulté Abdoul Kadi,
s’était décidé à rentrer. C’était peut-être sage, mais c’était dur.
Avoir passé soixante-douze jours avec son armée dans la misère, sous les
pluies de l’hivernage, avoir perdu tant de monde et ses meilleurs
Talibés (plusieurs chefs du Fouta avaient succombé, et entre autres le
frère de Sirey Adama, Moctar, neveu d’El Hadj), et revenir sans avoir
fait essuyer à l’ennemi d’autre perte que celle des hommes qui avaient
succombé, d’autres maux que les horreurs de la famine qui avait désolé
la ville. Cette résolution avait dû bien lui coûter, et il faut croire
que le péril lui avait paru bien imminent.
Ce ne fut que le 19 au soir que l’armée fut ralliée à Kalabougou, et le
23 seulement Ahmadou fit son entrée à Ségou, où l’on tira presque autant
de coups de fusil que pour une victoire.