Abderhaman Couma, l’un des chefs de cette famille qui avait trahi Coro
Mama, qui avait fait depuis bande à part et s’était montré constamment
hostile à Ahmadou, fut pris dans la matinée du 10, ainsi qu’une foule
d’hommes qui s’étaient cachés dans les broussailles, n’osant fuir au
milieu de tous les cavaliers qui avaient parcouru les environs pendant
la nuit. Quand on le conduisit au supplice il fut presque assommé par la
foule. Sa tête traînait par terre, la figure dans le sable et balayait
les ordures, et il eût été certainement tué de cette façon si Arsec
arrivant n’eût écarté la foule en dégainant son terrible sabre, dont un
seul coup envoya ce malheureux dans l’autre monde.
Parmi les prisonniers de la nuit se trouvait aussi le frère de Mahmary
Sibila, qui, ayant écrit depuis longtemps à Ahmadou pour se rendre,
l’avait le jour même prévenu de la sortie de son frère et avait par
cette trahison été cause de sa mort. Ahmadou lui donna la vie, et, sur
sa demande, l’envoya, à cheval, à Sibila pour faire rendre le village ;
mais il n’en revint pas.
Tout cela avait encore affaibli Sansandig, et cependant, comme par
fanfaronnade, les habitants avaient recommencé un feu nourri.
Avaient-ils appris que de nouveaux renforts leur arrivaient, espéraient-
ils les avertir ainsi que le village se défendait encore ? Toujours est-
il qu’au lieu de profiter de ce jour pour attaquer et emporter
Sansandig, Ahmadou, enivré de la mort de ses ennemis, laissa échapper
l’occasion, et que le lendemain 11 septembre, la face des choses avait
changé.
Pendant la nuit on avait entendu battre le tabala dans l’Est, et cela
très-distinctement. Un de mes hommes, Déthié, qui rôdait à la recherche
de quelques captives, s’était dit qu’il n’y avait rien de bon par là,
et, prévoyant ce qui allait arriver, était rentré se coucher en nous
prévenant. En effet, dès le jour une femme sortie du village vint dire
que les chefs attendaient une armée le jour même.
Malgré cela, il n’y avait rien de menaçant, quand à 8 heures et demie,
pendant que j’étais dans la case de Samba N’diaye à causer avec lui, on
vint annoncer que l’armée des Bambaras approchait. C’était un cavalier
qui, le cheval ruisselant, disait l’avoir rencontrée et arrivait au
triple galop prévenir Ahmadou. Je m’empressai de seller mon cheval, et
voyant qu’on ne sortait pas, je mangeai à la hâte un peu de riz.