10 septembre 1865.

Abderhaman Couma, l’un des chefs de cette famille qui avait trahi Coro

Mama, qui avait fait depuis bande à part et s’était montré constamment

hostile à Ahmadou, fut pris dans la matinée du 10, ainsi qu’une foule

d’hommes qui s’étaient cachés dans les broussailles, n’osant fuir au

milieu de tous les cavaliers qui avaient parcouru les environs pendant

la nuit. Quand on le conduisit au supplice il fut presque assommé par la

foule. Sa tête traînait par terre, la figure dans le sable et balayait

les ordures, et il eût été certainement tué de cette façon si Arsec

arrivant n’eût écarté la foule en dégainant son terrible sabre, dont un

seul coup envoya ce malheureux dans l’autre monde.

Parmi les prisonniers de la nuit se trouvait aussi le frère de Mahmary

Sibila, qui, ayant écrit depuis longtemps à Ahmadou pour se rendre,

l’avait le jour même prévenu de la sortie de son frère et avait par

cette trahison été cause de sa mort. Ahmadou lui donna la vie, et, sur

sa demande, l’envoya, à cheval, à Sibila pour faire rendre le village ;

mais il n’en revint pas.

Tout cela avait encore affaibli Sansandig, et cependant, comme par

fanfaronnade, les habitants avaient recommencé un feu nourri.

Avaient-ils appris que de nouveaux renforts leur arrivaient, espéraient-

ils les avertir ainsi que le village se défendait encore ? Toujours est-

il qu’au lieu de profiter de ce jour pour attaquer et emporter

Sansandig, Ahmadou, enivré de la mort de ses ennemis, laissa échapper

l’occasion, et que le lendemain 11 septembre, la face des choses avait

changé.

Pendant la nuit on avait entendu battre le tabala dans l’Est, et cela

très-distinctement. Un de mes hommes, Déthié, qui rôdait à la recherche

de quelques captives, s’était dit qu’il n’y avait rien de bon par là,

et, prévoyant ce qui allait arriver, était rentré se coucher en nous

prévenant. En effet, dès le jour une femme sortie du village vint dire

que les chefs attendaient une armée le jour même.

Malgré cela, il n’y avait rien de menaçant, quand à 8 heures et demie,

pendant que j’étais dans la case de Samba N’diaye à causer avec lui, on

vint annoncer que l’armée des Bambaras approchait. C’était un cavalier

qui, le cheval ruisselant, disait l’avoir rencontrée et arrivait au

triple galop prévenir Ahmadou. Je m’empressai de seller mon cheval, et

voyant qu’on ne sortait pas, je mangeai à la hâte un peu de riz.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 234 / 368 题