9 septembre 1865.

Enfin, le 9 au soir, à la faveur d’une petite pluie, à 8 heures et

demie, Sibila Mahmary sortait lui-même avec son armée de Bambaras. Mais

ayant mal pris ses dispositions, ou bien, ayant été vu avant d’être en

mesure de fuir, il passait à travers le camp des Sofas, et j’étais

réveillé par une fusillade épouvantable. On criait que les Bambaras

attaquaient. Je m’armai et me rendis sur-le-champ à la case d’Ahmadou ;

il en était sorti et se tenait dehors devant un feu, entouré de ses

fidèles et de ses Sofas ; Sibila Mahmary était pris. D’instants en

instants, on emmenait au supplice de nombreux prisonniers. Quant à

Sibila Mahmary, il était entièrement nu ; on l’avait conduit devant

Ahmadou, on l’avait fait asseoir par terre ; un de ses poignets avait

été cassé par une balle et il avait des coups de sabre à la tête.

Ahmadou, et avec lui toute sa bande, avaient peine à contenir leur

joie ; le griot de Coro Mama et ses fils surtout étaient effrayants.

Mahmary était un vieillard : il était blessé, prisonnier de guerre, et

il était bafoué, insulté. Non-seulement on le raillait sur sa puissance,

mais on ne craignait pas de lui adresser des plaisanteries sur une

infirmité que sa nudité complète permettait d’apercevoir. C’était

tellement violent que Mahmary, jusqu’alors impassible, en dépit des

souffrances qu’on lui faisait endurer (en remuant son bras cassé avec la

corde qui le tenait attaché à l’autre), répondit : _Morrr !_ Expression

qui a une énergie indescriptible, et que le mot : Honte à tous, ne

traduirait qu’imparfaitement. Plus de cinquante prisonniers furent

exécutés de la main d’Arsec pendant cette nuit, on ne les interrogeait

plus et Ahmadou disait : _Rokam to Arseki_ (Donne-le à Arsec), et il

n’ajoutait même plus sa plaisanterie habituelle : Qu’il leur donne à

boire. Parmi ces malheureux il y avait trois Maures.

Quant à Sibila, il fut gardé pendant toute cette longue nuit, que je

passai debout près d’Ahmadou, dans l’atroce position que j’ai décrite

plus haut, et ce ne fut qu’au jour qu’on termina son supplice, bien

léger du reste à côté de celui qu’on avait infligé à Coro Mama lors de

la révolte de la ville. Une fois la tête tranchée, son corps fut haché

de coups de sabre.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 233 / 368 题