Le lendemain les pirogues du village faisaient une sortie et
traversaient le fleuve en toute hâte pour chercher à s’emparer du convoi
de mil d’Ahmadou qui était attaché de l’autre côté ; mais le mil était
gardé, et aux premiers coups de fusil, les assaillants rentrèrent chez
eux.
Le chef des pirogues était un Toucouleur du Sénégal, un _Kioubalo_
(pêcheur) du Fouta ; c’était le fils du chef de Djoulé Diabé qui était
si dévoué à la France ; ce fils, quoique ayant suivi El Hadj
volontairement, nous faisait beaucoup d’amitiés et quelquefois des
cadeaux de lait, de bois à brûler, toutes ressources précieuses en cours
de campagne et qu’il pouvait se procurer par ses Somonos.
Les _bamé_ (razzias) parcouraient le pays avec des chances diverses ;
quand ils s’attachaient à des goupouilli (villages en paille), ils en
venaient à bout généralement, mais quelquefois ils se hasardaient trop
loin, et à leur retour ils étaient surpris dans les broussailles par des
fusillades qui leur faisaient subir des pertes sérieuses.