Chaque jour les désertions continuaient à Sansandig, et chaque jour on
exécutait quelques prisonniers. Tous s’accordaient à déclarer que la
faim les chassait du village. L’armée de Sibila commençait à en souffrir
elle-même et voulait s’en aller ; Boubou Cissey, pour la retenir,
faisait des sacrifices ; il achetait à prix d’or les quelques animaux
qui étaient encore dans le village. Le 12 août, les captifs de la maison
de Coro Mama commencèrent à sortir ; jusque-là surveillés de très-près,
ils n’avaient pu fuir, car on savait qu’ils s’étaient soumis à Ahmadou :
ce furent les premiers hommes qui furent épargnés. Jusque-là, les femmes
seulement de la case étaient sorties. Du reste, telle était la
surveillance de Boubou Cissey, qu’à chaque poste il avait placé des
Sofas, et quand une femme demandait à sortir et aller couper de l’herbe
pour manger, elle était obligée de laisser ses pagnes et de sortir
entièrement nue pour qu’elle ne pût pas fuir. Malgré cela plusieurs
préférèrent braver toute honte et vinrent se jeter dans nos rangs sans
le moindre vêtement, tant il est vrai que la faim n’a plus de pudeur.