Le 10 juillet, au matin, on recommença l’attaque des cases occupées dans
le village des Somonos par les Bambaras, et on gagna un peu de terrain.
Ahmadou avait déclaré qu’il resterait là jusqu’à ce que le village fût
pris, et il avait envoyé à Ségou chercher des bœufs et du mil pour
nourrir l’armée.
Le soir, on avait pris presque tout le tata des Somonos, ainsi qu’un
bilour de communication avec le grand tata, et on commençait, je crois,
à avoir peur dans le village, car plusieurs pirogues en sortirent ; on
en prit une qui portait douze femmes et quatre hommes, qui naturellement
furent mis à mort. Des pirogues de Ségou nous étaient arrivées, et dès
ce moment on s’efforça de fermer les communications par eau du village.
Ce même soir, j’éprouvai une grande joie ; le docteur venait me
rejoindre avec les pirogues arrivées de Ségou ; il était guéri. Il avait
appris l’attaque, et on lui avait dit que le village était pris en
partie et qu’Ahmadou y logeait. De fait, c’est peut-être ce que celui-ci
eût eu de mieux à faire ; mais pendant tout ce siége, il ne fit que
faute sur faute. Pour commencer, les chefs de l’armée vinrent le 11
juillet lui demander à attaquer de nouveau le grand tata par l’extérieur
et par le village des Somonos. Il refusa, sous prétexte qu’il ne voulait
attaquer qu’après qu’on aurait distribué des bœufs et qu’on aurait
mangé. Et le lendemain, une armée venait de Sibila, sous le commandement
de Sibila Mahmary, chef du Sanama Dougou, et entrait dans le village par
le Ouala Ouala pendant la nuit.
Nous ne le sûmes que plusieurs jours après, et, pour comble de malheur,
on apprit le 14, au matin, que le village Banancoro avait été enlevé par
les Bambaras, qui l’avaient trouvé sans défense et avaient tout pris. Je
craignais beaucoup, en apprenant cette nouvelle, pour Boubakary Gnian,
que j’avais envoyé à Ségou me chercher des provisions de poules et de
beurre ; car, bien qu’Ahmadou m’envoyât de temps à autre quelque chose
de ce qu’on lui apportait, j’étais bien à court, et pendant les
soixante-douze jours du siége, je puis dire qu’à de rares exceptions
près ma nourriture se composa exclusivement de poule au riz matin et
soir, sans même avoir de lait, et, bien entendu, sans compter les jours
de combat où nous ne mangions pas de la journée.