10 juillet 1865.

Le 10 juillet, au matin, on recommença l’attaque des cases occupées dans

le village des Somonos par les Bambaras, et on gagna un peu de terrain.

Ahmadou avait déclaré qu’il resterait là jusqu’à ce que le village fût

pris, et il avait envoyé à Ségou chercher des bœufs et du mil pour

nourrir l’armée.

Le soir, on avait pris presque tout le tata des Somonos, ainsi qu’un

bilour de communication avec le grand tata, et on commençait, je crois,

à avoir peur dans le village, car plusieurs pirogues en sortirent ; on

en prit une qui portait douze femmes et quatre hommes, qui naturellement

furent mis à mort. Des pirogues de Ségou nous étaient arrivées, et dès

ce moment on s’efforça de fermer les communications par eau du village.

Ce même soir, j’éprouvai une grande joie ; le docteur venait me

rejoindre avec les pirogues arrivées de Ségou ; il était guéri. Il avait

appris l’attaque, et on lui avait dit que le village était pris en

partie et qu’Ahmadou y logeait. De fait, c’est peut-être ce que celui-ci

eût eu de mieux à faire ; mais pendant tout ce siége, il ne fit que

faute sur faute. Pour commencer, les chefs de l’armée vinrent le 11

juillet lui demander à attaquer de nouveau le grand tata par l’extérieur

et par le village des Somonos. Il refusa, sous prétexte qu’il ne voulait

attaquer qu’après qu’on aurait distribué des bœufs et qu’on aurait

mangé. Et le lendemain, une armée venait de Sibila, sous le commandement

de Sibila Mahmary, chef du Sanama Dougou, et entrait dans le village par

le Ouala Ouala pendant la nuit.

Nous ne le sûmes que plusieurs jours après, et, pour comble de malheur,

on apprit le 14, au matin, que le village Banancoro avait été enlevé par

les Bambaras, qui l’avaient trouvé sans défense et avaient tout pris. Je

craignais beaucoup, en apprenant cette nouvelle, pour Boubakary Gnian,

que j’avais envoyé à Ségou me chercher des provisions de poules et de

beurre ; car, bien qu’Ahmadou m’envoyât de temps à autre quelque chose

de ce qu’on lui apportait, j’étais bien à court, et pendant les

soixante-douze jours du siége, je puis dire qu’à de rares exceptions

près ma nourriture se composa exclusivement de poule au riz matin et

soir, sans même avoir de lait, et, bien entendu, sans compter les jours

de combat où nous ne mangions pas de la journée.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 212 / 368 题