8 juillet 1865.

Le 8 juillet, au matin, je me préparais à partir, et, instruit par

l’expérience des jours précédents et des marches de la dernière

expédition, je partais bien lesté par un couscous au poulet. A 3 heures

10 minutes, Ahmadou se mit en marche ; en même temps il m’envoyait 100

gourous par Samba N’diaye, qui, comme un vrai roué, au lieu de m’en dire

le nombre, me dit : « Je t’apporte des gourous. » Et il m’en donna

quelques poignées, puis affecta de chercher dans son _guiba_[210], de

sorte que croyant qu’il n’en avait plus que quelques-uns je lui dis :

« Si tu en as encore garde-les pour toi. » Il ne m’en avait donné que 32

et en avait encore 48, car les gourous se comptent comme les cauris 80

pour 100. Le soir je le sus, et lui en réclamai quelques-uns ; et bien

qu’il dît les avoir tous mangés ou donnés, je lui en fis rendre 10 ou

15. C’était en ce moment une marchandise précieuse, car il allait

falloir se tenir éveillé.

A peine en route, j’allai saluer Ahmadou, qui me fit prier avec

instance, et cela sur un mot de Mohamed Bobo, de ne pas faire comme à

Dina et de rester à côté de lui.

Enfin, à 4 heures 5 minutes nous nous mettions en route au N.-E.

En cet endroit le fleuve fait un assez grand coude vers le Nord. Nous en

atteignîmes le sommet, et le soir, avant sept heures, on s’arrêtait un

peu au delà de Sérékhalla, village en ruine depuis longtemps. On

recommanda de ne pas faire de bruit, car on pouvait nous entendre de

Sansandig. Ahmadou se figurait peut-être qu’il allait surprendre le

village, parce que depuis deux jours il avait fait barrer les routes et

le fleuve par des avant-gardes de cavalerie et de piroguiers pour

empêcher qu’on n’allât de chez les Somonos prévenir de notre arrivée.

Pour souper, nous mangeâmes des gourous, car il n’y avait pas moyen

d’allumer du feu, et ce que j’en mangeai eut pour effet que non-

seulement je ne ressentis pas l’envie de dormir, mais que je fus toute

la nuit sous l’empire d’une surexcitation remarquable de l’intelligence

et de la pensée. Dix gourous, peut-être, avaient suffi pour produire

cette action, que j’éprouvai avec une force qui m’étonna moi-même.

Aussi, dès quatre heures du matin, en compagnie de Latir, qui en avait

fait autant, je me promenais dans le camp, impatient du départ, et

furieux de voir les autres dormir d’un sommeil calme et profond.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 210 / 368 题