Pendant ce temps arriva du Bakhounou une si bonne nouvelle que pendant
quelque temps je n’y crus pas. On disait que Maoundé, avec les Djawaras
révoltés, les Massassis de Guémené, avaient réuni une armée pour
attaquer Nioro avec le concours des Maures. Amadi Sambouné était venu
les rejoindre. Mais Moustaf, prévenu, avait réuni son armée, et,
d’accord avec les Djawaras, qui avaient fait mine de se révolter, était
venu attaquer les insurgés au moment où ils s’y attendaient le moins.
Maoundé était en fuite et on racontait qu’il avait été tué par les
Maures, qui, en se sauvant, auraient enlevé ses troupeaux. Amadi
Sambouné avait fui avec eux. Au nombre des morts on citait Dombali, chef
de Ouaïnka (Bakhounou), qui était un des chefs de la révolte.
Plusieurs lettres annonçaient ces nouvelles, et, dans le nombre, une
lettre de Djolo, chef de Ouosébougou. Il y avait donc quelque
probabilité. Mais j’avais peine à croire à une si bonne chance, car cela
pouvait arranger nos affaires et faire arriver Bakary Guëye.
En même temps on annonçait que Mari venait d’être tué par ses chefs de
captifs, et cela parce que quelque temps auparavant, les ayant envoyés
attaquer un petit village de Talibés, où ils avaient été repoussés, il
avait voulu à leur retour en faire tuer plusieurs. Mais cette nouvelle,
qui eût si bien arrangé Ahmadou, n’était pas vraie, et, avant notre
départ de Ségou, l’année suivante, nous eûmes des preuves nombreuses de
la vitalité de Mari et de son parti. Quant aux nouvelles du Macina,
elles arrivaient toujours, et si je les enregistrais, c’était à simple
titre de renseignements, car si elles se suivaient et étaient conçues
dans le même esprit, elles ne se ressemblaient pas dans le fond.
Pour compléter ces informations, il arriva en même temps que les envoyés
de Ouosébougou, un Djawara, parent d’un de nos voisins, qui me dit avoir
été à Nioro lorsque Bakary y était arrivé avec Sidy, venant de Ségou.
Après avoir été au Diombokho il était rentré à Nioro, et dans le mois de
Cor, le commandant de Médine y était venu accompagné de deux blancs et
de quelques noirs. Il était resté cinq jours, et, après avoir causé avec
Moustaf, il était reparti. Quant au retour de Bakary et aux cadeaux dont
on parlait tant, il ne savait rien et avait l’air de n’y pas croire.
Ceci me donna à penser, et je craignis que Bakary, las d’attendre, ne
fût retourné en arrière, et que ce retour n’eût motivé ce voyage du
commandant de Médine à notre recherche. Cela aggravait notre position et
diminuait nos chances de délivrance, puisqu’il fallait maintenant
envoyer un nouveau courrier à Saint-Louis ou tout au moins à Bakel.
Au milieu de ces nouvelles, on ne parlait plus du départ de l’armée.
J’attendais une pluie qui n’arrivait pas pour faire une démarche près
d’Ahmadou, afin d’expédier les courriers. Aguibou vint me voir et ne put
rien me dire ; il me rapportait une petite boussole que j’avais perdue à
l’expédition de Dina, en chassant à courre les biches. C’était la
deuxième fois que je la perdais et qu’on me la rapportait. Cette fois,
il l’avait trouvée au marché, où on la vendait pour vingt cauris, et
l’avait prise pour me la rendre. Il me dit que les captifs désertaient
de Sansandig, où l’on mourait de faim, et qu’un homme qui en arrivait
avait dit à Ahmadou : Fais ton armée, vas à Sansandig, et si le village
ne se rend pas, coupe-moi le cou. Aguibou croyait à la mort de Mari,
dont la nouvelle avait été confirmée par les gens venus de Sansandig.
Je m’étais préparé ; j’avais cousu et raccommodé mes tentes de soldat,
mon couscous était fait, et bien m’en prit, car le 21 au soir, les
griots, après une bonne tornade, parcouraient la ville annonçant le
départ pour le lendemain, et à 3 heures et demie, le 22, Ahmadou
sortait. Je ne tardai pas à le suivre, monté sur le cheval de feu le
fils de Maoundé, petite mais vigoureuse bête qu’Ahmadou m’avait envoyée.