12 juin 1865.

Pendant ce temps arriva du Bakhounou une si bonne nouvelle que pendant

quelque temps je n’y crus pas. On disait que Maoundé, avec les Djawaras

révoltés, les Massassis de Guémené, avaient réuni une armée pour

attaquer Nioro avec le concours des Maures. Amadi Sambouné était venu

les rejoindre. Mais Moustaf, prévenu, avait réuni son armée, et,

d’accord avec les Djawaras, qui avaient fait mine de se révolter, était

venu attaquer les insurgés au moment où ils s’y attendaient le moins.

Maoundé était en fuite et on racontait qu’il avait été tué par les

Maures, qui, en se sauvant, auraient enlevé ses troupeaux. Amadi

Sambouné avait fui avec eux. Au nombre des morts on citait Dombali, chef

de Ouaïnka (Bakhounou), qui était un des chefs de la révolte.

Plusieurs lettres annonçaient ces nouvelles, et, dans le nombre, une

lettre de Djolo, chef de Ouosébougou. Il y avait donc quelque

probabilité. Mais j’avais peine à croire à une si bonne chance, car cela

pouvait arranger nos affaires et faire arriver Bakary Guëye.

En même temps on annonçait que Mari venait d’être tué par ses chefs de

captifs, et cela parce que quelque temps auparavant, les ayant envoyés

attaquer un petit village de Talibés, où ils avaient été repoussés, il

avait voulu à leur retour en faire tuer plusieurs. Mais cette nouvelle,

qui eût si bien arrangé Ahmadou, n’était pas vraie, et, avant notre

départ de Ségou, l’année suivante, nous eûmes des preuves nombreuses de

la vitalité de Mari et de son parti. Quant aux nouvelles du Macina,

elles arrivaient toujours, et si je les enregistrais, c’était à simple

titre de renseignements, car si elles se suivaient et étaient conçues

dans le même esprit, elles ne se ressemblaient pas dans le fond.

Pour compléter ces informations, il arriva en même temps que les envoyés

de Ouosébougou, un Djawara, parent d’un de nos voisins, qui me dit avoir

été à Nioro lorsque Bakary y était arrivé avec Sidy, venant de Ségou.

Après avoir été au Diombokho il était rentré à Nioro, et dans le mois de

Cor, le commandant de Médine y était venu accompagné de deux blancs et

de quelques noirs. Il était resté cinq jours, et, après avoir causé avec

Moustaf, il était reparti. Quant au retour de Bakary et aux cadeaux dont

on parlait tant, il ne savait rien et avait l’air de n’y pas croire.

Ceci me donna à penser, et je craignis que Bakary, las d’attendre, ne

fût retourné en arrière, et que ce retour n’eût motivé ce voyage du

commandant de Médine à notre recherche. Cela aggravait notre position et

diminuait nos chances de délivrance, puisqu’il fallait maintenant

envoyer un nouveau courrier à Saint-Louis ou tout au moins à Bakel.

Au milieu de ces nouvelles, on ne parlait plus du départ de l’armée.

J’attendais une pluie qui n’arrivait pas pour faire une démarche près

d’Ahmadou, afin d’expédier les courriers. Aguibou vint me voir et ne put

rien me dire ; il me rapportait une petite boussole que j’avais perdue à

l’expédition de Dina, en chassant à courre les biches. C’était la

deuxième fois que je la perdais et qu’on me la rapportait. Cette fois,

il l’avait trouvée au marché, où on la vendait pour vingt cauris, et

l’avait prise pour me la rendre. Il me dit que les captifs désertaient

de Sansandig, où l’on mourait de faim, et qu’un homme qui en arrivait

avait dit à Ahmadou : Fais ton armée, vas à Sansandig, et si le village

ne se rend pas, coupe-moi le cou. Aguibou croyait à la mort de Mari,

dont la nouvelle avait été confirmée par les gens venus de Sansandig.

Je m’étais préparé ; j’avais cousu et raccommodé mes tentes de soldat,

mon couscous était fait, et bien m’en prit, car le 21 au soir, les

griots, après une bonne tornade, parcouraient la ville annonçant le

départ pour le lendemain, et à 3 heures et demie, le 22, Ahmadou

sortait. Je ne tardai pas à le suivre, monté sur le cheval de feu le

fils de Maoundé, petite mais vigoureuse bête qu’Ahmadou m’avait envoyée.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 204 / 368 题