6 juin 1865.

Enfin, le 6 juin, Ahmadou palabrait avec les chefs d’armée, qui

exposaient leurs griefs et faisaient leurs conditions.

Ils demandaient :

1o Qu’Ahmadou ne fermât pas sa porte aux Talibés, qui ne pouvaient le

voir quand ils en avaient besoin, et que les Sofas reçussent l’ordre de

ne jamais arrêter un Talibé (ceci, on s’en souvient, était la

conséquence de la rixe qui avait eu lieu, entre les Talibés et les Sofas

de la porte d’Ahmadou, la veille de l’expédition de Dina) ;

2o Qu’Ahmadou nourrît et fît soigner les blessés, qui restaient

abandonnés sans ressources, et souvent sans autre moyen de se nourrir

que de mendier ;

3o Qu’Ahmadou prît soin des enfants et des veuves des Talibés tués à la

guerre.

Ces deux dernières demandes étaient fort justes, et Ahmadou, qui le

sentait bien, s’empressa de répondre que chaque fois qu’un Talibé blessé

lui avait demandé des secours, il lui en avait envoyé, mais qu’il ne

pouvait secourir ceux qui n’en demandaient pas, vu qu’il ne savait même

pas qu’ils étaient blessés.

Cette réponse, bien qu’inexacte et grosse d’objections, était assez

adroite et ne souleva pas la plus petite réclamation. Ahmadou avait

répondu, et on n’a pas l’habitude de le forcer à s’expliquer.

Sur le troisième article, il dit qu’il verrait les chefs et s’entendrait

avec eux sur ce qu’il y aurait à faire. Mais quant à la première

condition des Talibés, qui était celle qui leur tenait le plus à cœur,

il ne répondit rien, et de fait il ne le pouvait pas. Il eût bien vite

perdu tout prestige s’il eût accordé cette demande.

Le lendemain et les jours suivants, Ahmadou palabra avec les chefs des

Bambaras et ceux de Koghé, de M’bébala et autres. Presque tous

demandaient à cultiver avant d’aller à l’armée. Mais Ahmadou ne lâchait

pas prise si facilement, et voyant qu’il n’obtenait pas gain de cause,

il employa un moyen héroïque, celui des cadeaux. On distribua d’abord

aux Talibés du sel à raison d’une _bafal_ pour dix Talibés. C’était

environ 4000 cauris chacun, car le sel valait déjà 40000 cauris la

bafal. Je profitai de l’occasion pour m’informer du nombre de parts

distribuées ; on en avait sorti 500, ce qui faisait 5000 Talibés au

grand maximum, car évidemment plus d’une pierre avait été soustraite à

ce partage pour être donnée tout entière à des chefs.

D’après Samba N’diaye, Ahmadou avait consommé en cadeaux un des trois

grands magasins de cauris qu’on avait trouvés chez Ali à Ségou ; il

restait deux magasins de cauris, plus quelques centaines de mille dans

un troisième, c’est ce qui fait que comme rien ne rentrait en fait

d’impôt de cauris, Ahmadou y tenait plus qu’au sel dont il avait plus

grande quantité. Ce sel provenait en partie de Sansandig où les

marchands de Tombouctou en avaient de fortes provisions en entrepôt.

Lors de la révolte du Macina, Ahmadou, par ordre d’El Hadj, avait fait

enlever ce sel et l’avait transporté à Ségou, où il remplissait ses

magasins.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 203 / 368 题