29 mai 1865.

Enfin, quelques jours après, le 29 mai, Badara Tunkara arrivait lui-même

demander du secours pour son village de Toumboula.

J’allai le voir. Le pauvre chef avait bien vieilli. On l’avait installé

dans une case d’Oulibo. Il parut touché de ma visite. A mes nombreuses

questions sur l’état du pays, il me répondit que la route était

complétement fermée ; que dans le Bakhounou les Mejsdoufs alliés de

Mustapha[208] avaient, le mois précédent, enlevé tous les bœufs des

Pouls révoltés. Mais Badara disait que si Ahmadou voulait seulement lui

donner cinquante cavaliers et quelques hommes à pied il se chargeait de

dégager la route. Badara se flattait d’obtenir son armée.

Juin 1865.

Comme on le voit, au milieu de ces événements, notre délivrance ne

semblait pas prochaine, et outre cet ennui dont il fallait bien prendre

son parti, le docteur souffrait cruellement d’une conjonctivite. Pris

d’abord par un œil, ensuite par l’autre, il éprouvait des douleurs

horribles et n’avait un peu de soulagement que par l’application de

cataplasmes d’aloo. Il restait toute la journée enfermé dans la case

avec les portes fermées, la moindre lumière lui arrachant des plaintes.

Que ceux qui ont souffert dans leur vie jugent et apprécient cette

situation ! Quant à moi, mes forces bien abattues semblaient reprendre.

Je me demandais comment j’allais supporter seul une expédition en plein

hivernage, sans autres tentes que celles qui depuis deux ans nous

servaient de toiles d’emballage, de couverture ou de toiles à paillasse,

à tour de rôle et suivant l’occasion.

D’ailleurs l’idée de nous séparer ne laissait pas de m’être très-

pénible. Il n’est si petite chose qui, dans une pareille disposition, ne

devienne un sujet de peine. Je souffrais des dents, et il fallut avoir

recours à l’extraction. Le docteur, si adroit habituellement, qui avait

arraché plus de 500 dents sans accident depuis notre arrivée, échoua sur

moi. Par une anomalie, ma dent faisait corps avec l’os de la mâchoire et

elle ne put être arrachée qu’avec un morceau du maxillaire inférieur,

aussi gros qu’elle, qui déchira toute la gencive. J’en eus la fièvre, et

pendant trois jours je ne pus rien mâcher ; enfin tout se remit ; mais

ces petites souffrances aigrissent plus qu’on ne saurait le croire.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 202 / 368 题