10 mai 1865.

Le 10 mai la fête était finie. Ahmadou avait fait ses largesses aux

griots. J’allai chez Oulibo le remercier de son intervention et lui

rappeler que je désirais voir Ahmadou ; le soir même Samba N’diaye

m’affirma qu’Oulibo en avait parlé à Ahmadou, mais sans obtenir d’autre

réponse que celle-ci : _Min ani_ (j’ai entendu), formule dispensant de

donner une réponse catégorique. Déjà on parlait du départ d’une nouvelle

armée.

Les razzias envoyées revenaient presque toutes avec du butin ; c’est

ainsi que les gens de Koghé, partis au nombre de trois cents, avec un

tabala, avaient enlevé un village de Somonos et pris soixante femmes.

Une autre razzia qui avait été dans les environs de Sarrau avait mis un

village en fuite et ramenait douze bœufs porteurs, qu’on disait

appartenir à Mari, et quelques femmes ; ils avaient eu quelques blessés

et quatre chevaux tués. Une autre qui était allée dans le Baninko

revenait avec la moitié seulement de son butin, l’autre moitié lui ayant

été reprise par les Bambaras. Ces faits signalaient un peu de faiblesse

et de démoralisation chez les Bambaras, et comme on parlait d’envoyer

une armée, je voulais tenter de faire partir mon courrier, ainsi que

cela avait été promis par Ahmadou depuis longtemps.

C’était une tentative que je faisais plutôt pour tâter Ahmadou que dans

l’espoir de réussir, car je ne pouvais me dissimuler que dans l’état de

la saison il était difficile de faire passer un courrier dans les

broussailles où il n’y avait plus d’eau, et je savais la route bien

dangereuse puisque personne n’arrivait de Nioro.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 199 / 368 题