Le 10 mai la fête était finie. Ahmadou avait fait ses largesses aux
griots. J’allai chez Oulibo le remercier de son intervention et lui
rappeler que je désirais voir Ahmadou ; le soir même Samba N’diaye
m’affirma qu’Oulibo en avait parlé à Ahmadou, mais sans obtenir d’autre
réponse que celle-ci : _Min ani_ (j’ai entendu), formule dispensant de
donner une réponse catégorique. Déjà on parlait du départ d’une nouvelle
armée.
Les razzias envoyées revenaient presque toutes avec du butin ; c’est
ainsi que les gens de Koghé, partis au nombre de trois cents, avec un
tabala, avaient enlevé un village de Somonos et pris soixante femmes.
Une autre razzia qui avait été dans les environs de Sarrau avait mis un
village en fuite et ramenait douze bœufs porteurs, qu’on disait
appartenir à Mari, et quelques femmes ; ils avaient eu quelques blessés
et quatre chevaux tués. Une autre qui était allée dans le Baninko
revenait avec la moitié seulement de son butin, l’autre moitié lui ayant
été reprise par les Bambaras. Ces faits signalaient un peu de faiblesse
et de démoralisation chez les Bambaras, et comme on parlait d’envoyer
une armée, je voulais tenter de faire partir mon courrier, ainsi que
cela avait été promis par Ahmadou depuis longtemps.
C’était une tentative que je faisais plutôt pour tâter Ahmadou que dans
l’espoir de réussir, car je ne pouvais me dissimuler que dans l’état de
la saison il était difficile de faire passer un courrier dans les
broussailles où il n’y avait plus d’eau, et je savais la route bien
dangereuse puisque personne n’arrivait de Nioro.