5 mai 1864.

C’était le 5 mai, à 8 heures et demie ; Samba N’diaye alla le prévenir

que j’étais devant sa porte ; il déjeunait. Samba attendit. Ahmadou

rentra dans ses appartements et ressortit une heure après. Samba N’diaye

alors s’approcha et l’informa de notre présence. Il répondit : « Dis-

leur de retourner chez eux, je n’ai pas le temps. »

Je sais qu’à sa porte beaucoup de monde se pressait, que des Bambaras

lui apportaient des cadeaux de poisson fumé ; mais ce n’était pas une

raison pour répondre comme il le fit, surtout sur un ton dont Samba

N’diaye fut atterré.

Ma détermination fut vite prise. J’allai chez Oulibo le prier

d’intervenir entre Ahmadou et moi, avant que le débat ne s’aggravât. Je

lui dis que la manière d’agir d’Ahmadou ne me convenait pas, que je ne

pouvais la supporter, qu’il ne voulait même pas m’écouter ni m’entendre

quand j’avais besoin de lui parler, et qu’en ne me donnant pas ce dont

j’avais besoin il manquait à sa parole. Quoique parlant avec calme,

j’étais visiblement mécontent, et le premier soin d’Oulibo fut de

m’apaiser en disant qu’il était impossible qu’il n’y eût pas un

malentendu, et qu’Ahmadou était incapable de me refuser des cauris.

En effet, il alla chez Ahmadou, qui bientôt me fit envoyer 100000 cauris

et du sel ; en me faisant dire que dans tout cela il n’y avait qu’un

oubli, qu’il ne pouvait pas encore me recevoir, mais que dès qu’il

aurait le temps il nous ferait appeler.

Cette affaire était arrangée, mais je conservais une appréhension

relativement aux futures demandes de cauris que je pouvais avoir à

faire, et je restreignis encore mes dépenses aux limites de la plus

stricte économie. Le lendemain était le jour de la Tabaski et il me

fallut faire mon deuil de mon audience pour quelque temps.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 195 / 368 题