6 mai 1865.

La fête de la Tabaski fut plus gaie que celle de l’année précédente.

Ahmadou alla s’installer à _Doubalel Coro_ (le vieux Doubalel), au petit

marché, près de notre maison. Son escorte était très-nombreuse et tous

les Sofas vinrent faire des danses accompagnées de coups de fusil.

L’après-midi Ahmadou rentra, mais alors les Bamboulas commencèrent de

tous côtés et durèrent plusieurs jours. Diali Mahmady était allé

s’installer à la porte d’Ahmadou sur la place qui se trouve entre sa

maison et le mur de clôture de la maison d’El Hadj, et là, les danses et

la musique n’arrêtaient pas même la nuit. Son orchestre se composait de

trois guitares mandingues, d’un balophon[206], et aux sons de ces

instruments venait se joindre le chant d’une compagnie de femmes, dont

sept au moins étaient à lui, et qui s’accompagnaient avec des cymbales

de fer.

Mais ce qui était plus curieux, c’était un groupe de danseurs bambaras

qui s’était établi à la porte d’Arsec. Le chef de ces danseurs était

vêtu d’un boubou de filet dont chaque maille était couverte de petits

morceaux de bambous suspendus par une extrémité ; son bonnet pointu

était garni de graines violettes du pays ; pour toute musique, avec ses

chants, il avait des calebasses creuses et percées et d’autres remplies

de cailloux qu’il agitait en cadence ; ses compagnons étaient vêtus

d’une façon analogue. Il est impossible de décrire l’indécence des

danses de ces Bambaras ; quelques-uns n’étaient que comiques : tels

étaient un pied-bot qui dansait et un individu paralysé des jambes qui

dansait sur les bras ; mais d’autres hommes bien constitués se livraient

à des contorsions très-caractérisées, qui avaient le pouvoir d’attirer

et de faire rire toutes les jeunes filles et les femmes de la ville,

sans compter pas mal d’hommes, et celles qui enfermées par leur seigneur

et maître ne pouvaient venir voir, y envoyaient leurs esclaves, et se

faisaient raconter et simuler dans l’intérieur des cases ce qu’on avait

vu sur la place.

[Décoration]

[Note 205 : Houl. Arbre très-commun dans la Casamance, mais rare au

Sénégal, appartient à la famille des légumineuses. Les gousses

renferment une farine jaune sucrée qui est recherchée comme aliment et

comme friandise. On en fait des pains, qu’on cuit à la vapeur et qui se

conservent longtemps.]

[Note 206 : Balophon, sorte d’harmonica des noirs, qu’on peut voir au

Musée des colonies.]

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 196 / 368 题