Ce furent d’abord de fâcheuses nouvelles de la route de Nioro. Deux
femmes venues de Ouosébougou disaient qu’Amadi Sambouné avait chassé les
Talibés de leur village, et qu’il ne voulait pas même les voir. Les
Talibés avaient envoyé chercher du secours à Ouosébougou et étaient
venus s’y réfugier sous la protection d’une centaine d’hommes qui
étaient allés les chercher.
Cette nouvelle ne nous laissait pas grand espoir en une délivrance
prochaine, mais nous allions avoir d’autres sujets de tracas.
Mai 1865.
Le 1er mai je fis demander à Ahmadou des cauris, car je n’avais plus
rien de ceux qu’il m’avait donnés, et ma réserve était bien diminuée. Il
demanda si nous n’en avions plus, chose qui m’étonna, car c’était la
première fois qu’il me faisait une pareille question ; il ajouta qu’on
revînt le trouver quand il serait chez lui.
Le lendemain on ne put le voir. Il ne sortit que pour aller chez ses
femmes. Le 3 mai Samba Yoro et Samba N’diaye allèrent le trouver, et il
leur dit sur un ton de mauvaise humeur qu’il n’avait pas oublié ma
demande. Ils restèrent toute l’après-midi, et avant de le quitter ils la
lui rappelèrent encore ; cette fois il ne répondit pas. Je n’en revenais
pas. Samba N’diaye me dit qu’Ahmadou trouvait que nous avions dépensé
bien vite les derniers cauris, mais qu’il irait lui parler. Je le priai
de dire à Ahmadou que non-seulement j’avais dépensé ce qu’il m’avait
fourni, mais 20000 cauris en plus, que j’avais en réserve.
Et pour bien montrer à Samba N’diaye que je n’avais plus de cauris, je
lui en empruntai quelques mille.