28 avril 1865.

Ce furent d’abord de fâcheuses nouvelles de la route de Nioro. Deux

femmes venues de Ouosébougou disaient qu’Amadi Sambouné avait chassé les

Talibés de leur village, et qu’il ne voulait pas même les voir. Les

Talibés avaient envoyé chercher du secours à Ouosébougou et étaient

venus s’y réfugier sous la protection d’une centaine d’hommes qui

étaient allés les chercher.

Cette nouvelle ne nous laissait pas grand espoir en une délivrance

prochaine, mais nous allions avoir d’autres sujets de tracas.

Mai 1865.

Le 1er mai je fis demander à Ahmadou des cauris, car je n’avais plus

rien de ceux qu’il m’avait donnés, et ma réserve était bien diminuée. Il

demanda si nous n’en avions plus, chose qui m’étonna, car c’était la

première fois qu’il me faisait une pareille question ; il ajouta qu’on

revînt le trouver quand il serait chez lui.

Le lendemain on ne put le voir. Il ne sortit que pour aller chez ses

femmes. Le 3 mai Samba Yoro et Samba N’diaye allèrent le trouver, et il

leur dit sur un ton de mauvaise humeur qu’il n’avait pas oublié ma

demande. Ils restèrent toute l’après-midi, et avant de le quitter ils la

lui rappelèrent encore ; cette fois il ne répondit pas. Je n’en revenais

pas. Samba N’diaye me dit qu’Ahmadou trouvait que nous avions dépensé

bien vite les derniers cauris, mais qu’il irait lui parler. Je le priai

de dire à Ahmadou que non-seulement j’avais dépensé ce qu’il m’avait

fourni, mais 20000 cauris en plus, que j’avais en réserve.

Et pour bien montrer à Samba N’diaye que je n’avais plus de cauris, je

lui en empruntai quelques mille.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 193 / 368 题