J’avais compté sur une bonne nuit et je m’étais étendu avec bonheur sur
quelques brassées de paille, lorsqu’à minuit le tabala nous réveilla.
Ahmadou repartait. J’étais furieux. Je fis manger les hommes, et tout ce
qui restait de couscous fut vite absorbé ; puis, à une heure et demie,
je me mis en route très-tranquillement. A 2 heures 45 minutes nous
retraversions Boumoundo. La route était couverte de gens qui, cédant à
la fatigue, s’étaient couchés et ne pouvaient se relever. Moi-même, un
instant vaincu par le sommeil, je m’étendis par terre tenant la bride de
mon cheval dans la main, et j’y fusse resté longtemps si Souleyman, qui
ne me quittait jamais, ne m’eût réveillé au bout d’un quart d’heure.
A 4 heures nous atteignîmes Somono Dougou, à 5 heures 30 minutes Dougou
Kounan, et à 6 heures je repassais à Ségou Koro, devant la case où
j’avais campé avant le départ ; je continuai ma route vers Ségou aussi
vite que le pouvait le cheval de Samba N’diaye, grièvement blessé au
garrot, et je n’y rentrai qu’à 8 heures, au milieu de l’enthousiasme
général des habitants.
Les laptots ne furent tous rentrés que vers 11 heures. Latir allait
mieux. Quant à moi, j’essayai de dormir.
Les premiers mots de Samba N’diaye avaient été de me dire qu’il était
arrivé deux hommes du Macina, ce que j’avais appris déjà par Samba Yoro.
Les chefs du Macina avaient, à leur dire, changé de position. Ils
plaçaient El Hadj à Bandiagara, où décidément, disaient-ils, il avait
élu domicile. Tidiani était à Saré Malal, Tierno Aimouth, autre chef,
gardait Hamdallahi, tandis que Balobo et le fils d’Ahmed Beckay se
disputaient à main armée le commandement du pays. Ils confirmaient la
nouvelle de la mort d’Ahmed Beckay, et c’était la seule chose vraie de
leur récit.
A peine arrivé à Ségou, je tombai malade : j’avais d’affreux maux de
tête, je ne pouvais rien manger. Je recevais de nombreuses visites, et
la première fut celle de Tambo : il venait me remercier d’avoir bien
voulu me charger de toute sa compagnie qui, sans cela, aurait, comme la
moitié de l’armée, souffert de la faim la plus cruelle. Les jours
suivants mon état empira ; l’affreuse nourriture à laquelle était
condamné mon estomac l’avait délabré, je vomissais continuellement.
J’avais une gastrite : ce ne fut que le 28 avril que je recommençai à
manger, et encore je ne supportais que le lait, auquel j’ai dû plus
d’une fois de ne pas succomber. Mes forces étaient épuisées, et
cependant j’allais avoir de nouveaux ennuis à surmonter.