17 avril 1865.

J’avais compté sur une bonne nuit et je m’étais étendu avec bonheur sur

quelques brassées de paille, lorsqu’à minuit le tabala nous réveilla.

Ahmadou repartait. J’étais furieux. Je fis manger les hommes, et tout ce

qui restait de couscous fut vite absorbé ; puis, à une heure et demie,

je me mis en route très-tranquillement. A 2 heures 45 minutes nous

retraversions Boumoundo. La route était couverte de gens qui, cédant à

la fatigue, s’étaient couchés et ne pouvaient se relever. Moi-même, un

instant vaincu par le sommeil, je m’étendis par terre tenant la bride de

mon cheval dans la main, et j’y fusse resté longtemps si Souleyman, qui

ne me quittait jamais, ne m’eût réveillé au bout d’un quart d’heure.

A 4 heures nous atteignîmes Somono Dougou, à 5 heures 30 minutes Dougou

Kounan, et à 6 heures je repassais à Ségou Koro, devant la case où

j’avais campé avant le départ ; je continuai ma route vers Ségou aussi

vite que le pouvait le cheval de Samba N’diaye, grièvement blessé au

garrot, et je n’y rentrai qu’à 8 heures, au milieu de l’enthousiasme

général des habitants.

Les laptots ne furent tous rentrés que vers 11 heures. Latir allait

mieux. Quant à moi, j’essayai de dormir.

Les premiers mots de Samba N’diaye avaient été de me dire qu’il était

arrivé deux hommes du Macina, ce que j’avais appris déjà par Samba Yoro.

Les chefs du Macina avaient, à leur dire, changé de position. Ils

plaçaient El Hadj à Bandiagara, où décidément, disaient-ils, il avait

élu domicile. Tidiani était à Saré Malal, Tierno Aimouth, autre chef,

gardait Hamdallahi, tandis que Balobo et le fils d’Ahmed Beckay se

disputaient à main armée le commandement du pays. Ils confirmaient la

nouvelle de la mort d’Ahmed Beckay, et c’était la seule chose vraie de

leur récit.

A peine arrivé à Ségou, je tombai malade : j’avais d’affreux maux de

tête, je ne pouvais rien manger. Je recevais de nombreuses visites, et

la première fut celle de Tambo : il venait me remercier d’avoir bien

voulu me charger de toute sa compagnie qui, sans cela, aurait, comme la

moitié de l’armée, souffert de la faim la plus cruelle. Les jours

suivants mon état empira ; l’affreuse nourriture à laquelle était

condamné mon estomac l’avait délabré, je vomissais continuellement.

J’avais une gastrite : ce ne fut que le 28 avril que je recommençai à

manger, et encore je ne supportais que le lait, auquel j’ai dû plus

d’une fois de ne pas succomber. Mes forces étaient épuisées, et

cependant j’allais avoir de nouveaux ennuis à surmonter.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 192 / 368 题