12 avril 1865.

En arrivant à ce marigot, la colonne descendit dans le lit du fleuve, et

nous traversâmes un gué qui nous conduisit sur un banc de sable placé

comme une barre devant ce marigot, et de là, en traversant un autre gué,

nous vînmes rejoindre la rive gauche, de l’autre côté du marigot. On

campa presque immédiatement ; nous étions en face de Gouni, la nuit

était presque close, j’errai quelque temps à la recherche de mes hommes,

et quand je les trouvai, le docteur manquait. J’attendis un peu, puis

voyant qu’il n’arrivait pas, je devinai qu’il avait suivi le marigot

comme j’avais failli le faire moi-même. Et comme il pouvait y faire une

mauvaise rencontre, que le passage du fleuve était de plus très-

difficile, je fis prévenir Ahmadou afin qu’il envoyât à sa recherche.

Peu après Quintin rentrait. Notre route avait toujours longé les berges

à petite distance, il n’y avait qu’un endroit où nous avions coupé une

petite montagne qui vient tomber dans le fleuve. Toute la soirée je fis

sécher notre couscous, qui était en partie perdu, et qui pourtant nous

était d’autant plus précieux que c’était notre seule nourriture.

Le lendemain on marcha depuis 5 heures 50 minutes jusqu’à 4 heures du

soir sous une chaleur lourde et un ciel de plomb ; notre route

s’écartait un peu du fleuve, nous longions une ligne d’étangs qui

semblait devoir faire un second fleuve parallèle au premier, à la saison

des hautes eaux. Il y avait là des spectacles magnifiques, des plaines

d’herbes vertes splendides bien que nous fussions au plus fort de la

saison sèche. Malheureusement ce pays, qui contient assez de pâturages

pour des centaines de troupeaux, était désert et les villages que nous

traversions étaient abandonnés. Le plus beau de ces lacs, que nous

passâmes vers 3 heures, s’appelle Mina.

Dès qu’on fut campé, et même auparavant, Ahmadou avait fait garder la

route et défendre que personne ne le précédât à Yamina, dont nous

n’étions plus éloignés, et il y avait envoyé l’ordre de fermer les

portes et de saisir les chevaux de tous ceux qui s’y rendraient. Ce soir

encore il fallut se contenter de la maigre chère des jours précédents.

On trouva dans un village nommé Konina, situé presque en face de

Ségalani, quelques ustensiles avec lesquels on fit bouillir le peu de

viande séchée qui restait, et on trempa le couscous. Mais il nous

tardait d’avoir le lendemain une nourriture plus réparatrice, surtout

après des marches aussi fatigantes.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 189 / 368 题