En arrivant à ce marigot, la colonne descendit dans le lit du fleuve, et
nous traversâmes un gué qui nous conduisit sur un banc de sable placé
comme une barre devant ce marigot, et de là, en traversant un autre gué,
nous vînmes rejoindre la rive gauche, de l’autre côté du marigot. On
campa presque immédiatement ; nous étions en face de Gouni, la nuit
était presque close, j’errai quelque temps à la recherche de mes hommes,
et quand je les trouvai, le docteur manquait. J’attendis un peu, puis
voyant qu’il n’arrivait pas, je devinai qu’il avait suivi le marigot
comme j’avais failli le faire moi-même. Et comme il pouvait y faire une
mauvaise rencontre, que le passage du fleuve était de plus très-
difficile, je fis prévenir Ahmadou afin qu’il envoyât à sa recherche.
Peu après Quintin rentrait. Notre route avait toujours longé les berges
à petite distance, il n’y avait qu’un endroit où nous avions coupé une
petite montagne qui vient tomber dans le fleuve. Toute la soirée je fis
sécher notre couscous, qui était en partie perdu, et qui pourtant nous
était d’autant plus précieux que c’était notre seule nourriture.
Le lendemain on marcha depuis 5 heures 50 minutes jusqu’à 4 heures du
soir sous une chaleur lourde et un ciel de plomb ; notre route
s’écartait un peu du fleuve, nous longions une ligne d’étangs qui
semblait devoir faire un second fleuve parallèle au premier, à la saison
des hautes eaux. Il y avait là des spectacles magnifiques, des plaines
d’herbes vertes splendides bien que nous fussions au plus fort de la
saison sèche. Malheureusement ce pays, qui contient assez de pâturages
pour des centaines de troupeaux, était désert et les villages que nous
traversions étaient abandonnés. Le plus beau de ces lacs, que nous
passâmes vers 3 heures, s’appelle Mina.
Dès qu’on fut campé, et même auparavant, Ahmadou avait fait garder la
route et défendre que personne ne le précédât à Yamina, dont nous
n’étions plus éloignés, et il y avait envoyé l’ordre de fermer les
portes et de saisir les chevaux de tous ceux qui s’y rendraient. Ce soir
encore il fallut se contenter de la maigre chère des jours précédents.
On trouva dans un village nommé Konina, situé presque en face de
Ségalani, quelques ustensiles avec lesquels on fit bouillir le peu de
viande séchée qui restait, et on trempa le couscous. Mais il nous
tardait d’avoir le lendemain une nourriture plus réparatrice, surtout
après des marches aussi fatigantes.