30 mars 1865.

Le 30 mars, plusieurs Talibés de haut parage, tels que Saada Bané, Amadi

Boubakar et quelques autres Torodos des premières familles du Fouta,

voulurent entrer chez Ahmadou ; et les Sofas de garde à la porte ayant

voulu s’y opposer, ils voulurent forcer la consigne. Les Sofas de garde

appelèrent les autres, qui vinrent à leur secours, et une bataille à

coups de poings, qui allait devenir sanglante, s’engageait, quand

Ahmadou vint en personne et ordonna aux Talibés de sortir de chez lui.

Ceux-ci sortirent furieux et humiliés de voir qu’on leur donnât tort et

d’avoir eu le dessous avec les Sofas qui, je dois le dire, les traitent

parfois assez insolemment, imitant en cela les domestiques de bien des

maisons européennes. Le soir ces Talibés allèrent trouver Ahmadou pour

s’excuser, mais en faisant des conditions que celui-ci ne voulut pas

même écouter. Aussi le lendemain, les choses s’aggravaient. Les cinq

chefs mécontents ralliaient à eux de nombreux partisans mécontents

depuis longtemps. Ahmadou ayant voulu faire un palabre, ne put obtenir

d’eux aucune réponse, même en les interpellant directement. A ses

questions, ils baissaient la tête et murmuraient des prières en défilant

leur chapelet, opposant à la volonté de leur chef la force d’inertie

dont il donne si souvent l’exemple.

Or, il s’agissait d’une chose capitale, c’était d’obtenir des Talibés la

parole de descendre de cheval pour aller à l’assaut du village.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 180 / 368 题