Le 30 mars, plusieurs Talibés de haut parage, tels que Saada Bané, Amadi
Boubakar et quelques autres Torodos des premières familles du Fouta,
voulurent entrer chez Ahmadou ; et les Sofas de garde à la porte ayant
voulu s’y opposer, ils voulurent forcer la consigne. Les Sofas de garde
appelèrent les autres, qui vinrent à leur secours, et une bataille à
coups de poings, qui allait devenir sanglante, s’engageait, quand
Ahmadou vint en personne et ordonna aux Talibés de sortir de chez lui.
Ceux-ci sortirent furieux et humiliés de voir qu’on leur donnât tort et
d’avoir eu le dessous avec les Sofas qui, je dois le dire, les traitent
parfois assez insolemment, imitant en cela les domestiques de bien des
maisons européennes. Le soir ces Talibés allèrent trouver Ahmadou pour
s’excuser, mais en faisant des conditions que celui-ci ne voulut pas
même écouter. Aussi le lendemain, les choses s’aggravaient. Les cinq
chefs mécontents ralliaient à eux de nombreux partisans mécontents
depuis longtemps. Ahmadou ayant voulu faire un palabre, ne put obtenir
d’eux aucune réponse, même en les interpellant directement. A ses
questions, ils baissaient la tête et murmuraient des prières en défilant
leur chapelet, opposant à la volonté de leur chef la force d’inertie
dont il donne si souvent l’exemple.
Or, il s’agissait d’une chose capitale, c’était d’obtenir des Talibés la
parole de descendre de cheval pour aller à l’assaut du village.