Le 28 mars, le docteur n’allant pas mieux, se décida à se purger. Rien
n’annonçait encore le départ. Ahmadou avait renvoyé les contingents de
Bamabougou et de Koghé qui n’avaient pas le chiffre voulu et étaient
composés seulement de jeunes gens. — Cependant le soir les griots
parcouraient le camp en criant à tue-tête : _Hé Conou ouatambo dali
diango Khoy !_ ce qui veut littéralement dire : _Eh ! l’armée, que
personne ne sorte demain surtout !_ et le 29, le tamtam de guerre
résonna. Ahmadou fit le palabre ordinaire, le même qu’il avait fait à
Toghou (c’est-à-dire lecture des guerres de Mahomet), suivi de la
demande de restituer les Kouloulous volés dans les dernières
expéditions. La restitution la plus importante fut une somme de 30000
cauris pris par un Talibé à Toghou et 200 boules d’ambre prises par un
Poul.
Nous pensions qu’on allait enfin se mettre en route, mais le lendemain
on se remit à compter les compagnies, et les griots le soir dirent de
faire chercher les retardataires. Sur ces entrefaites, il s’éleva entre
Ahmadou et les Talibés une querelle qui retarda encore le départ.