22 février 1865.

Comme pour confirmer ce bruit, Ahmadou faisait des dons à l’armée : le

22 février, il donnait aux Talibés 200 bœufs et 1 million de cauris.

Quelque temps après, il en donnait autant aux Sofas.

Ce fut à cette époque que j’entrai en relations avec Sidy Abdallah.

J’allai lui faire une visite pour avoir quelques nouvelles que devaient

apporter des Maures venus de Tichit ; mais je ne pus rien savoir. Ils

étaient venus avec leurs chameaux à travers les broussailles et sans

passer à Nioro. Sidy Abdallah me reçut très-bien, et dès cette époque,

nos relations devinrent de plus en plus amicales. De temps à autre, il

me donnait des dattes qu’il recevait de Tichit, et quelquefois des

gourous, et moi je lui donnais pour ses femmes de l’ambre, du corail ou

de la cornaline, parfois un peu d’argent. Je le reconnaissais d’ailleurs

comme un des hommes les plus intelligents du pays ; je savais qu’il

avait un grand empire sur Ahmadou, par cela même qu’il affectait de n’en

pas avoir : il était donc de bonne politique de bien vivre avec lui.

A mon grand chagrin, on commença alors à diminuer le lait qu’on devait

nous fournir journellement, et malgré mes réclamations et les ordres

qu’elles provoquèrent de la part d’Ahmadou, le lait n’augmenta plus ; je

me vis contraint d’en acheter très-souvent, car c’était la meilleure

partie de notre nourriture, et cela vint ajouter à la gêne que

j’éprouvais.

La fin de février fut remarquable par une grande pluie, qui rafraîchit

le temps, au point de nécessiter de notre part l’emploi de vêtements de

drap ; l’année précédente, à Banamba, à la même époque, nous avions eu

une petite pluie, mais ici c’étaient de belles et bonnes averses.

L’effet le plus désagréable de ces pluies anormales était sans contredit

de faire fuir les vendeurs du marché, qui devenait désert et sur lequel

nous ne pouvions rien trouver à acheter. Les bouchers n’avaient pas tué,

les Somonos n’avaient pas pêché, et sans un mouton qu’Ahmadou nous avait

donné quelques jours auparavant, nous eussions été condamnés à jeûner ou

à peu près.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 172 / 368 题