Le 15 février, un homme arriva de Bagoyna avec toute sa famille ; il
venait s’établir à Ségou. Il confirmait de la plus triste façon le bruit
de la révolte de Bakhounou, entre Bagoyna et Nioro. On y était menacé
par les Maures Askeurs et Oulad el Rhouizi, auxquels s’était allié Amady
Sambouné, chef des Peulhs à Hofara. De Bagoyna jusqu’à Yamina, cet homme
avait été réduit à passer par les broussailles, presque tout le pays
étant révolté ; il disait que nos envoyés étaient toujours à Nioro. Ces
nouvelles si tristes pour nous étaient accompagnées d’espérances. Ainsi,
on disait qu’Amady Sambouné voulait se soumettre, qu’il ne s’était
révolté que par crainte des pillages des Maures, contre lesquels il
n’était pas assez fort, ses villages n’étant que des goupouillis et sa
fortune étant en troupeaux, mais qu’il voulait payer le tribut à
Ahmadou, etc., etc. Tout cela était fait pour entretenir la confiance du
public ; mais le fait certain c’était qu’Amady Sambouné, qui était fils
d’une Mauresque et d’un Peuhl et n’avait jamais caché ses sympathies
pour les Maures, venait enfin de jeter le masque.
Quelques jours après, nous avions une alerte à Ségou : on prétendait
qu’une armée attaquerait Bamabougou. Cette nouvelle était
invraisemblable, et en effet elle fut démentie le lendemain ; c’étaient,
au contraire, les gens de Velentiguila qui, voyant quelques chevaux de
Talibés paître sur les bords du fleuve, avaient cru à la présence d’une
armée d’Ahmadou et avaient battu le tabala. De là venait l’émotion qui
s’était produite.
A ce moment, Quintin allait mieux et moi plus mal : j’étais repris par
les douleurs hépatiques et mon état se compliquait d’un rhumatisme du
genou qui me faisait horriblement souffrir ; je commençais à me
décourager.
Cette expédition si meurtrière n’amenait pas la soumission du pays comme
je l’avais espéré, et on commençait à parler d’une autre expédition qui
devait avoir lieu après le Cauri.