3 février 1865.

Le 3 février au jour, on se mit en route ; la marche était triomphale :

à chaque village on faisait de la fantasia ; des députations venaient

féliciter Ahmadou, et les griots s’égosillaient à chanter sa victoire.

Tandis que les coups de fusil des villages répondaient en sourdine aux

coups éclatants des fusils des Sofas qui, chantant et dansant,

tourbillonnaient autour du roi ; tandis que les Talibés venaient à tour

de rôle le saluer, Ahmadou, à cheval, son turban relevé sur la bouche,

restait calme, et un pied passé par-dessus la selle, récitait son

chapelet ; mais son œil brillait et la joie du triomphe illuminait ce

qu’on voyait de sa figure.

Enfin, à Ségou-Sikoro, où nous arrivâmes vers dix heures, Oulibo sortit

avec tous ceux qui étaient restés à la garde de la ville et vint au-

devant d’Ahmadou. La ville était en délire : sur le toit des maisons,

les esclaves chantaient, dansaient, battaient des mains, et c’est à

peine si, au milieu de la joie générale, on faisait attention à celles

qui pleuraient un frère ou un époux. La fusillade devenait de plus en

plus vive et dangereuse, car les fusils chargés outre mesure rendaient

le bruit du canon, mais éclataient et blessaient ceux qui les tiraient,

ainsi que leurs voisins. Je me séparai de la foule, et, suivi de

Boubakary Gnian qui était venu au-devant de moi, je tournai le village

et rentrai par la porte de l’Ouest. Dans la rue, les femmes et même

celles qui jusqu’alors nous avaient à peine regardés, nous donnaient la

main par-dessus les murs de leurs maisons ; d’autres, des voisines,

venaient nous saluer ; enfin, on peut dire que ce jour on n’aurait

trouvé personne à Ségou qui ne nous fût sympathique, sauf peut-être

Mohammed Bobo.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 167 / 368 题