25 janvier 1865.

Le 25 janvier, on disait que les Bambaras avaient repoussé l’armée en

plaine après lui avoir enlevé son tabala et ses poudres, et étaient

rentrés ensuite dans le village de Toghou. On disait aussi que le

pavillon avait été pris et que Tierno Alassane, le chef de l’armée,

ayant eu son cheval tué, avait failli être pris. Plus tard on niait la

prise du pavillon, et on racontait qu’au premier choc le porteur du

tabala ayant été tué, les Bambaras (Somonos), qui portent la poudre,

avaient jeté leurs barils et s’étaient sauvés ; que c’est à cela qu’on

avait dû la perte des poudres et du tabala ; mais que, dès que le gros

de l’armée était arrivé, on avait chassé les Bambaras, qui s’étaient

sauvés dans le village où se trouvait Mari.

On rapportait aussi qu’on avait tué cent Bambaras et pris vingt chevaux,

et qu’on n’avait perdu que trois hommes.

Mais nous ne tardâmes pas à apprécier la gravité de la situation.

Ahmadou, furieux de son nouvel échec et comprenant peut-être qu’il

jouait sa dernière partie s’il la perdait, s’était décidé à prendre le

commandement de l’armée en personne. Il avait envoyé chercher des

renforts de tous côtés jusqu’à Kenenkou, où se trouvaient les Djawaras,

et en attendant qu’il s’y rendît en personne, il avait envoyé Oulibo et

Tierno-Abdoul à l’armée. Tout le monde, à part quelques vieillards

impotents, faisait ses préparatifs de départ ; la situation était

grave ; Ahmadou battu ne fût peut-être pas rentré dans Ségou, je

n’aurais peut-être su sa défaite qu’en tombant au pouvoir des Bambaras,

et dans ce cas ma mort eût été immédiate. Ces réflexions me décidèrent à

lui demander de partir avec lui. Cela ne pouvait que lui être agréable,

et, en cas de désastre, nous étions plus en sûreté avec son escorte que

seuls et sans chevaux dans Ségou. Ahmadou accueillit notre demande avec

plaisir ; il en fut même flatté, mais il ajouta qu’il ne partait pas

encore.

Néanmoins je me préparai à tout événement. Je mis en état mes

harnachements et tout mon bagage portatif de voyage ; je mis mes carnets

de notes et mes papiers en bon ordre, donnant mes instructions à tout le

monde pour le cas où il m’arriverait malheur, afin que ces papiers ne

fussent pas perdus. Puis je rassemblai mon peu d’argent, d’ambre et de

corail, avec un peu d’or que j’avais acheté pour avoir une valeur

portative, et j’attendis.

Le 26, les sofas de Yamina et les Pouls de Ségou arrivèrent.

Le 27, les détachements de Kenenkou se rallièrent à leur tour, et

Ahmadou demanda deux cents hommes de bonne volonté pour former une

avant-garde. Quand il les eut choisis, il en prit cent pour garder la

ville sous le commandement d’Oulibo.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 155 / 368 题