Le 28 janvier, nous fûmes réveillés par le tabala ; nous nous hâtâmes de
faire nos préparatifs. Le docteur, qui, quand il m’avait vu décidé à
accompagner Ahmadou, m’avait simplement dit de demander aussi un cheval
pour lui, était prêt ; on assurait qu’Ahmadou partait à deux heures, et,
comme il avait dit à Samba N’diaye de me prêter son cheval, je lui en
fis demander un second, et il répondit de le demander à Aguibou, mais
qu’il allait d’ailleurs m’envoyer Oulibo.
En effet, vers une heure, Oulibo vint me dire qu’Ahmadou craignait pour
nous les fatigues et les dangers de l’expédition, et que si nous
voulions rester à Ségou, nous ne manquerions de rien ; que si nous
voulions partir, il ne nous en empêcherait pas, mais qu’il fallait que
nous sussions qu’il allait se battre jusqu’à la victoire et qu’il ne
reculerait pas devant les Bambaras, _Ché-Allaho_.
Il était évident qu’Ahmadou ne demandait pas mieux que de nous voir
l’accompagner ; les Talibés qui étaient avec Oulibo ne le cachaient même
pas. J’insistai et ne trouvai pas de résistance. Il avait seulement
voulu mettre sa responsabilité à l’abri en cas d’accident.
A deux heures, le second cheval arrivait, et à deux heures et demie nous
allions rejoindre Ahmadou sous les arbres de la place, dont il ne
bougeait plus depuis trois jours. On assemblait devant lui la poudre et
les balles, et, à quatre heures, après le salam, on en fit la
distribution aux porteurs qui commencèrent tout de suite à se mettre en
marche. J’emmenais tous mes hommes, à l’exception de Boukary Gnian, qui,
ayant un gros abcès, ne pouvait marcher.
Les munitions se composaient de :
140 barils de poudre du pays, d’environ 30 kilogrammes l’un ; soit
4200 kilogrammes.