Le 24 janvier, on savait que c’était l’armée de Mari qui était venue à
Toghou. On disait que ce village avait refusé de le recevoir. En
attendant, il partait de nouveaux renforts pour l’armée. Ahmadou avait
donné l’ordre de cerner le village, si l’ennemi s’y trouvait renfermé,
et de le prévenir ; si, au contraire, on le trouvait dans la campagne,
on devait le chasser et le poursuivre. Les uns disaient que Mari n’avait
que ses captifs, les autres, qu’il avait une forte armée. Les uns
racontaient qu’il était aux abois, ayant été chassé de Sarrau, de
Sansandig, et qu’il n’osait plus rentrer dans le Baninko dont la
population, fatiguée de ses exactions, lui était hostile ; d’autres que
le village de Toghou l’avait appelé au nom de tous les Bambaras du pays.
Tout cela, ajoutai-je sur mon journal, ne m’amène pas Bakary, et si
Tierno Moussa, comme on le dit, est retourné chercher des renforts à
Koniakary, c’est notre seule chance de le voir bientôt. Malheureusement
jamais je n’avais mieux jugé.
Dans l’après-midi, on vint demander de la poudre. Ahmadou fit partir
cent vingt barils portés à tête d’homme. Le soir deux cavaliers
arrivèrent et après avoir parlé avec Ahmadou, repartirent tout de suite
avec ordre de ne dire mot à qui que ce soit. C’était mauvais signe.
Aussitôt Ahmadou fit appeler les chefs, et leur palabre dura une partie
de la nuit.