8 janvier 1865.

Le 8 janvier, nous eûmes, par un individu qui avait accompagné Bakary

jusqu’à Médina, près Koniakary, la certitude que celui-ci était arrivé

au Sénégal. Cet homme disait avoir quitté Nioro le 13 décembre et

n’avoir pas eu de nouvelle du retour de Bakary. Cependant, à Yamina, il

avait entendu, dans les derniers jours de décembre, des hommes du

Bakhounou dire que les envoyés des blancs étaient en route pour revenir

et qu’on les avait vus à Serro.

Ceci nous donnait bien peu d’espoir et je commençais à croire que la

route du Bakhounou était fermée et qu’on me le cachait, lorsque le 10

janvier Daouda Gagny, chef de Bagoyna, arriva à Ségou. Je mis Seïdou en

quête de nouvelles, et tout d’abord il n’apporta rien de bon : on

n’avait pas entendu parler de Bakary. Mais le 11 janvier, un de nos amis

nègres, un Massassi de Bongourou, nommé Diocounda, député près d’Ahmadou

par son père, vint nous faire le récit suivant : « Daouda Gagny, avant

de se mettre en route, a envoyé son captif de confiance à Nioro, où il a

trouvé, chez Mustaf, deux envoyés des blancs qui portent un bonnet comme

on n’en a jamais vu dans le pays. Le lendemain ce captif a quitté Nioro,

et trois jours après son arrivée à Bagoyna, Daouda est parti. » C’est au

docteur que nous étions redevables de cette bonne nouvelle, car

Diocounda était surtout son camarade à lui, et c’était lui qui l’avait

envoyé en quête d’événements.

Tout compte fait, il y avait dix-neuf jours que nos messagers étaient à

Nioro. Cette nouvelle nous fut confirmée par Samba N’diaye, qui alla

voir Daouda Gagny en personne. Quant aux événements du pays, on disait

que Tierno Moussa avait été battu à Bollé, et que, n’ayant pas voulu

rentrer à Bagoyna, il était à Touroungoumbé, dans le Kingui. On disait

aussi que la route de Nioro à Bagoyna était difficile à cause des

pillages des Maures, et que de Bagoyna à Ouosébougou elle l’était à

cause des Bambaras.

Avec tout cela nous ne soupçonnions pas la vérité et nous nous

réjouissions. Sans doute Bakary allait arriver, chaque jour je

l’attendais et je n’attachais plus d’importance aux fausses nouvelles

qui arrivaient du Macina. Enfin, le 19 janvier, je fis de nouveau prier

Ahmadou d’envoyer au-devant de Bakary. Il répondit qu’il l’attendait

lui-même chaque jour, et que si dans quelques jours il n’arrivait pas on

pouvait revenir lui parler.

Ce fut à ce moment que la situation changea de face à Ségou même, et

qu’il nous fallut dévorer notre impatience en face des dangers qui

venaient nous assaillir.

Au moment où Ahmadou cherchait de plus en plus à réunir son armée,

luttant contre les nombreux mécontentements, surtout contre ceux de gens

tels que Amadi Boubakar, Tambo, etc., qui, arrivés depuis peu, se

plaignaient de n’avoir ni maison, ni femme, ni moyen d’existence, et de

ne pouvoir rentrer chez eux, retenus qu’ils étaient comme moi par

Ahmadou ; au moment où il venait de donner l’ordre que personne ne

quittât la ville pendant deux jours parce qu’il avait des nouvelles à

donner à l’armée, un cavalier arriva bride abattue de Koghé, annonçant

qu’un homme, parti pour la chasse, avait rencontré une armée campée à

Toghou, près de ce village.

Aussitôt le tabala battit à la mosquée, et dès qu’un peu de monde fut

réuni, Ahmadou alla à la grande place des palabres, sous les grands

arbres des Somonos, et l’armée partit, comme d’habitude, à la débandade.

Le soir, cette nouvelle, à laquelle peu de gens croyaient, était

confirmée.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 153 / 368 题