Le 2 janvier je reçus la visite du fils de Samba Oumané, qui a joué et
joue encore un rôle dans les affaires du Toro (Sénégal). Samba Oumané,
on le sait, avait fait assassiner par son fils le Lamtoro[188] nommé par
le gouverneur, et voyant qu’il allait avoir maille à partir avec la
justice des blancs, il s’était enfui. Il était venu à Nioro, et son fils
arrivait à Ségou pour y chercher fortune. Il me disait que son père et
lui aimaient bien les blancs, que leurs disputes étaient entre eux et
les gens du Toro, noirs comme eux, mais qu’ils n’avaient rien contre
nous ; au contraire. Je le reçus froidement, car, bien que de sa part ce
fût plus excusable peut-être que de la part de tout autre, il s’était en
somme rendu coupable d’un assassinat de sang-froid.
Il m’apportait quelques nouvelles, entre autres que l’armée de
Koniakary, commandée par Tierno Moussa, était venue à Nioro, et qu’avec
ces deux armées réunies on avait attaqué le Bakhounou révolté. Comme
toujours, lorsqu’un noir raconte une bataille à laquelle il a pris part,
on avait remporté la victoire, à Bollé et à Barsafé. Son père était
resté avec l’armée de Nioro à Bagoyna.
Mais ce qu’il ne put me dire, c’est ce que venaient faire des envoyés de
Tierno Moussa qui étaient arrivés depuis quelques jours.
A force de le faire causer, je finis cependant par savoir que Tierno
Moussa, après avoir attaqué, avait été attaqué à son tour par les
révoltés de Ouaïnka et de Bassakha et qu’il avait été forcé de se
réfugier à Bagoyna. Il était donc probable que son envoyé venait
apporter une lettre pour demander du renfort.
Ces bruits n’étaient qu’à demi rassurants, et le retard de Bakary
compliquait notre situation. Ahmadou, à qui j’avais fait demander des
cauris, avait, en me les envoyant, refusé de répondre à ma demande
d’envoyer Seïdou au-devant de Bakary ; sa grande préoccupation était de
faire faire de bons tatas dans tout le pays et il distribuait des cauris
aux Talibés des maisons de Ségou.