2 janvier 1865.

Le 2 janvier je reçus la visite du fils de Samba Oumané, qui a joué et

joue encore un rôle dans les affaires du Toro (Sénégal). Samba Oumané,

on le sait, avait fait assassiner par son fils le Lamtoro[188] nommé par

le gouverneur, et voyant qu’il allait avoir maille à partir avec la

justice des blancs, il s’était enfui. Il était venu à Nioro, et son fils

arrivait à Ségou pour y chercher fortune. Il me disait que son père et

lui aimaient bien les blancs, que leurs disputes étaient entre eux et

les gens du Toro, noirs comme eux, mais qu’ils n’avaient rien contre

nous ; au contraire. Je le reçus froidement, car, bien que de sa part ce

fût plus excusable peut-être que de la part de tout autre, il s’était en

somme rendu coupable d’un assassinat de sang-froid.

Il m’apportait quelques nouvelles, entre autres que l’armée de

Koniakary, commandée par Tierno Moussa, était venue à Nioro, et qu’avec

ces deux armées réunies on avait attaqué le Bakhounou révolté. Comme

toujours, lorsqu’un noir raconte une bataille à laquelle il a pris part,

on avait remporté la victoire, à Bollé et à Barsafé. Son père était

resté avec l’armée de Nioro à Bagoyna.

Mais ce qu’il ne put me dire, c’est ce que venaient faire des envoyés de

Tierno Moussa qui étaient arrivés depuis quelques jours.

A force de le faire causer, je finis cependant par savoir que Tierno

Moussa, après avoir attaqué, avait été attaqué à son tour par les

révoltés de Ouaïnka et de Bassakha et qu’il avait été forcé de se

réfugier à Bagoyna. Il était donc probable que son envoyé venait

apporter une lettre pour demander du renfort.

Ces bruits n’étaient qu’à demi rassurants, et le retard de Bakary

compliquait notre situation. Ahmadou, à qui j’avais fait demander des

cauris, avait, en me les envoyant, refusé de répondre à ma demande

d’envoyer Seïdou au-devant de Bakary ; sa grande préoccupation était de

faire faire de bons tatas dans tout le pays et il distribuait des cauris

aux Talibés des maisons de Ségou.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 152 / 368 题