18 novembre 1864.

Ce fut à cette époque (18 novembre) que devint enfin certaine pour nous

la nouvelle de la mort des principaux chefs qu’El Hadj avait emmenés au

Macina, et entre autres de ses deux meilleurs chefs, Alpha Oumar Boïla,

auquel il avait dû, comme je l’ai dit, non-seulement des victoires, mais

souvent la soumission des Toucouleurs mécontents, et Alpha Ousman, qui

avait conquis la plupart des pays malinkés à l’époque où El Hadj était

dans le Fouta ou dans le Kaarta. En apportant cette nouvelle, un

Khassonké, qui disait venir de l’armée de Tidiani (qu’il avait laissé à

Poremane avec vingt-cinq mille Pouls du Macina), ajoutait que mille à

quinze cents hommes de l’armée du Macina étaient en train de ravager le

pays entre Sarrau et Djenné. Le lendemain, un autre homme annonçait que

Sidy Ahmed Beckay s’était soumis à El Hadj, et que son fils Sidy faisait

la guerre à Balobo pour le compte d’El Hadj.

[Illustration : Femmes pilant le mil.]

Tout en recevant ces nouvelles, Ahmadou ne réussissait pas à faire

sortir l’armée ; le tabala battait toute la nuit, quelques cavaliers

partaient le matin et rentraient le soir. Personne ne croyait aux

prétendus mouvements de Mari.

Ce fut à ce moment que je reçus la seule avanie que j’aie eu à souffrir

pendant mon voyage : aventure incompréhensible, mais dans laquelle il me

fallut déployer une certaine énergie sous peine de voir mon caractère

officiel ruiné dans l’esprit de tous.

Le 23 novembre, je fis demander à Ahmadou un guide pour aller à

Dougassou. Il ne répondit pas, ce qui signifiait pour nous qui étions au

courant de ses usages : « Je ne me soucie pas que tu y ailles. »

Du reste, c’était logique et je m’y attendais. Du moment qu’il ne

voulait pas m’envoyer au Macina pour ne pas m’exposer, il ne pouvait

m’autoriser à m’éloigner de Ségou jusqu’à Dougassou, théâtre ordinaire

des razzias des Bambaras du Baninko, où j’eusse pu me trouver tout aussi

exposé qu’en plein Macina. Aussi n’insistai-je pas pour aller à

Dougassou, mais seulement pour aller me promener à cheval n’importe où,

soit à Velengana, soit ailleurs, Samba N’diaye m’ayant répondu que si je

voulais aller à Velengana, Ahmadou consentirait. Le 26 novembre arriva.

Le soir, convaincu que Samba mettait de la mauvaise volonté à demander

les chevaux, je lui dis que je me décidais à faire l’excursion, monté

sur les mules. Mais alors, à mon grand étonnement, il me déclara

qu’Ahmadou ne voulait pas que je sortisse du tata, qui, disait-il, était

bien assez grand pour me promener.

J’entrai en colère et le reçus fort mal, lui déclarant que je ne me

laisserais pas traiter ainsi, que je prétendais être libre de mes

mouvements, et, après une courte scène, je me retirai.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 145 / 368 题