Ce fut à cette époque (18 novembre) que devint enfin certaine pour nous
la nouvelle de la mort des principaux chefs qu’El Hadj avait emmenés au
Macina, et entre autres de ses deux meilleurs chefs, Alpha Oumar Boïla,
auquel il avait dû, comme je l’ai dit, non-seulement des victoires, mais
souvent la soumission des Toucouleurs mécontents, et Alpha Ousman, qui
avait conquis la plupart des pays malinkés à l’époque où El Hadj était
dans le Fouta ou dans le Kaarta. En apportant cette nouvelle, un
Khassonké, qui disait venir de l’armée de Tidiani (qu’il avait laissé à
Poremane avec vingt-cinq mille Pouls du Macina), ajoutait que mille à
quinze cents hommes de l’armée du Macina étaient en train de ravager le
pays entre Sarrau et Djenné. Le lendemain, un autre homme annonçait que
Sidy Ahmed Beckay s’était soumis à El Hadj, et que son fils Sidy faisait
la guerre à Balobo pour le compte d’El Hadj.
[Illustration : Femmes pilant le mil.]
Tout en recevant ces nouvelles, Ahmadou ne réussissait pas à faire
sortir l’armée ; le tabala battait toute la nuit, quelques cavaliers
partaient le matin et rentraient le soir. Personne ne croyait aux
prétendus mouvements de Mari.
Ce fut à ce moment que je reçus la seule avanie que j’aie eu à souffrir
pendant mon voyage : aventure incompréhensible, mais dans laquelle il me
fallut déployer une certaine énergie sous peine de voir mon caractère
officiel ruiné dans l’esprit de tous.
Le 23 novembre, je fis demander à Ahmadou un guide pour aller à
Dougassou. Il ne répondit pas, ce qui signifiait pour nous qui étions au
courant de ses usages : « Je ne me soucie pas que tu y ailles. »
Du reste, c’était logique et je m’y attendais. Du moment qu’il ne
voulait pas m’envoyer au Macina pour ne pas m’exposer, il ne pouvait
m’autoriser à m’éloigner de Ségou jusqu’à Dougassou, théâtre ordinaire
des razzias des Bambaras du Baninko, où j’eusse pu me trouver tout aussi
exposé qu’en plein Macina. Aussi n’insistai-je pas pour aller à
Dougassou, mais seulement pour aller me promener à cheval n’importe où,
soit à Velengana, soit ailleurs, Samba N’diaye m’ayant répondu que si je
voulais aller à Velengana, Ahmadou consentirait. Le 26 novembre arriva.
Le soir, convaincu que Samba mettait de la mauvaise volonté à demander
les chevaux, je lui dis que je me décidais à faire l’excursion, monté
sur les mules. Mais alors, à mon grand étonnement, il me déclara
qu’Ahmadou ne voulait pas que je sortisse du tata, qui, disait-il, était
bien assez grand pour me promener.
J’entrai en colère et le reçus fort mal, lui déclarant que je ne me
laisserais pas traiter ainsi, que je prétendais être libre de mes
mouvements, et, après une courte scène, je me retirai.