17 novembre 1864.

Sur ces entrefaites arriva, le 17 novembre, une caravane de gens de

Kouniakary qui venaient apporter à Ahmadou de la poudre et des fusils ;

quelques Diulas étaient dans le nombre, mais les chefs de cette bande

étaient un Toucouleur, nommé Amadi Boubakar, et Tambo, Bakiri de Lanel.

Cet Amadi Boubakar, de la famille des Li, était apparenté à tout ce

qu’il y a de distingué parmi les Toucouleurs résidant à Ségou ; c’était

un Torodo.

Quant à Tambo, il parlait le français. Dans sa jeunesse, il avait habité

Saint-Louis et les comptoirs du fleuve où il avait fait la traite ; il

avait même tenu, pour le compte d’un traitant de Bakel, un comptoir de

traite à Lanel. C’était un très-brave garçon, aimant beaucoup les

blancs ; il nous témoigna une grande amitié et par la suite il nous

rendit des services dans les expéditions où nous nous trouvâmes de

compagnie.

Massiré, l’un de ses hommes, Sarracolet qui avait servi comme laptot sur

la flottille du Sénégal, s’attacha tout de suite à nous et nous fut

utile en ce sens que je le chargeai souvent d’aller me vendre

différentes marchandises, dont, avec la facilité qu’il avait de se

promener dans le pays, il se défaisait plus avantageusement que moi.

Massiré avait, du reste, servi sous mes ordres quelques jours, lorsque,

en 1861, je fus appelé à commander l’aviso à vapeur _le Griffon_ ; il

s’y trouvait embarqué, mais, effrayé de quelques sévérités auxquelles je

fus obligé d’avoir recours pour remettre ce navire sur un pied plus

militaire que celui où je l’avais trouvé, il avait demandé son

débarquement, et depuis cette époque il s’était fait Diula.

Tambo, qui avait laissé sa maison (femmes, serviteurs, chevaux, captifs

et fortune) à Tiguine, près de Kouniakary, était aussi pressé que nous

de rentrer dans ses foyers et nous avions en lui un bon informateur ; il

nous rapportait fidèlement les nouvelles qui circulaient. Bien que

dévoué à Ahmadou et très-attaché à sa religion, Tambo eût été incapable

de nous tromper par des mensonges, et de plus nous avions l’avantage de

pouvoir converser avec lui.

Il jouissait, du reste, de beaucoup de considération auprès des chefs de

Ségou, et sa bravoure comme soldat lui donnait son franc parler, même,

dans une certaine mesure, vis-à-vis d’Ahmadou, qui a besoin de ménager

de tels auxiliaires.

Bien entendu, Tambo croyait aux nouvelles de Macina comme tout le monde,

et comme moi-même j’y crus longtemps encore.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 144 / 368 题