Sur ces entrefaites arriva, le 17 novembre, une caravane de gens de
Kouniakary qui venaient apporter à Ahmadou de la poudre et des fusils ;
quelques Diulas étaient dans le nombre, mais les chefs de cette bande
étaient un Toucouleur, nommé Amadi Boubakar, et Tambo, Bakiri de Lanel.
Cet Amadi Boubakar, de la famille des Li, était apparenté à tout ce
qu’il y a de distingué parmi les Toucouleurs résidant à Ségou ; c’était
un Torodo.
Quant à Tambo, il parlait le français. Dans sa jeunesse, il avait habité
Saint-Louis et les comptoirs du fleuve où il avait fait la traite ; il
avait même tenu, pour le compte d’un traitant de Bakel, un comptoir de
traite à Lanel. C’était un très-brave garçon, aimant beaucoup les
blancs ; il nous témoigna une grande amitié et par la suite il nous
rendit des services dans les expéditions où nous nous trouvâmes de
compagnie.
Massiré, l’un de ses hommes, Sarracolet qui avait servi comme laptot sur
la flottille du Sénégal, s’attacha tout de suite à nous et nous fut
utile en ce sens que je le chargeai souvent d’aller me vendre
différentes marchandises, dont, avec la facilité qu’il avait de se
promener dans le pays, il se défaisait plus avantageusement que moi.
Massiré avait, du reste, servi sous mes ordres quelques jours, lorsque,
en 1861, je fus appelé à commander l’aviso à vapeur _le Griffon_ ; il
s’y trouvait embarqué, mais, effrayé de quelques sévérités auxquelles je
fus obligé d’avoir recours pour remettre ce navire sur un pied plus
militaire que celui où je l’avais trouvé, il avait demandé son
débarquement, et depuis cette époque il s’était fait Diula.
Tambo, qui avait laissé sa maison (femmes, serviteurs, chevaux, captifs
et fortune) à Tiguine, près de Kouniakary, était aussi pressé que nous
de rentrer dans ses foyers et nous avions en lui un bon informateur ; il
nous rapportait fidèlement les nouvelles qui circulaient. Bien que
dévoué à Ahmadou et très-attaché à sa religion, Tambo eût été incapable
de nous tromper par des mensonges, et de plus nous avions l’avantage de
pouvoir converser avec lui.
Il jouissait, du reste, de beaucoup de considération auprès des chefs de
Ségou, et sa bravoure comme soldat lui donnait son franc parler, même,
dans une certaine mesure, vis-à-vis d’Ahmadou, qui a besoin de ménager
de tels auxiliaires.
Bien entendu, Tambo croyait aux nouvelles de Macina comme tout le monde,
et comme moi-même j’y crus longtemps encore.