Enfin, l’armée partit le 10 octobre, et nous apprîmes qu’elle allait
dans l’ouest au secours de l’almami de Kénenkou[178], qui était menacé
par les Bambaras révoltés, réunis à une demi-journée de marche de son
village, et fortifiés à Gouni sous le commandement de Nionsong, chef des
anciens captifs de Ségou, qui, lors de la prise de Ségou-Sikoro, avait
fui, mais ne s’était jamais rendu. Ce Nionsong opérait, du reste, pour
son compte.
Pendant quatre jours, on n’entendit parler de rien. Comme d’habitude,
Ahmadou s’était renfermé et attendait le résultat. Enfin, le 16, on
reçut deux nouvelles contradictoires, ce qui était mauvais signe :
1o Les Bambaras ont pris la fuite ; l’armée a détruit le village ;
2o On a pris la moitié du village, et ensuite on en a été chassé.
Aucune des deux nouvelles n’était vraie. La vérité, c’était que l’armée
avait refusé d’obéir à Tierno Alassane. Les Talibés, tous cavaliers à
peu près, avaient refusé de descendre de cheval et d’aller à l’assaut,
qui n’avait été donné que par les sofas, et au premier coup de fusil,
les cavaliers ayant pris la fuite, tout le monde les avait imités, trop
heureux que les Bambaras ne les poursuivissent pas.
Du reste, si les Talibés étaient mécontents et disaient qu’Ahmadou les
avait fait partir de force et qu’on ne les ferait pas battre de force,
il y avait deux autres faits encore plus sérieux : l’un, que j’ai
signalé, était la persistance d’Ahmadou à donner le commandement à
Tierno Alassane, homme du Toro, peu populaire ; l’autre, le
mécontentement de voir qu’il n’y avait de cadeaux de la part d’Ahmadou
que pour Sidy Abdallah, Bobo, et ses intimes qui ne se battaient pas,
tandis que la partie active de l’armée manquait du nécessaire.
Quant à Ahmadou, il était furieux et avait défendu sa porte aux Talibés.
Pour ce qui est de nous, je souffrais moi d’un atroce mal de dents, et
le docteur avait la fièvre.