17 septembre 1864.

Il alla rechercher les trois vieux diplomates, et, le 17 septembre, le

palabre recommença, et nous arrivâmes promptement à poser les conditions

suivantes :

1o Un courrier (l’un de mes hommes) partira de suite pour Saint-Louis

avec mes lettres et une d’Ahmadou au gouverneur. On hâtera son voyage

par tous les moyens possibles, chevaux, guides, etc. On donnera à Nioro

des ordres pour hâter son retour quand il reviendra ;

2o Le jour de son retour, si je suis encore à Ségou, on me fera partir

sans retard si le gouverneur me réclame, et on me fournira des chevaux

et des guides pour le retour à Saint-Louis ;

3o Ahmadou alors arrangera toutes les affaires dont j’ai à lui parler

pour le commerce ;

4o Ahmadou promet de s’occuper de nous envoyer au Macina, à son père, le

plus tôt possible, et de nous dire en particulier ce qu’il va faire pour

cela ;

5o A ces conditions j’attendrai le retour du courrier.

Ces conditions acceptées par nos ambassadeurs, ils allèrent les porter à

Ahmadou, et tout d’abord je fus inquiet de ne pas les voir revenir ;

mais je sus bientôt qu’après le salam de deux heures Ahmadou nous ferait

appeler.

Je n’y allais pas sans une certaine émotion, que l’on comprendra quand

on saura que nous étions tous deux, Quintin et moi, assez malades et

assez faibles pour craindre de ne pouvoir résister six mois encore à la

vie que nous menions.

Chez Ahmadou la convention passa sans plus de difficultés, sauf

l’article relatif au voyage au Macina, qui fut enveloppé de tant de

réticences, que je crus de plus en plus qu’Ahmadou ne voulait pas ou ne

pouvait pas m’y envoyer ; néanmoins, désireux d’éclaircir ce fait, je le

pressai tellement qu’il remit au lendemain sa réponse à ce sujet. Quant

au reste, il me répéta lui-même par trois fois le sens de ce qu’il

promettait, et notamment que le jour où le courrier reviendrait, si le

gouverneur me rappelait, je partirais le soir si le courrier arrivait le

matin.

Cette condition à elle seule, mise en regard de la perspective de partir

sans secours ni protection à travers un pays en proie à une grande

anarchie, valait bien trois mois d’attente, délai auquel nous avions

fixé la durée de ce voyage.

Je rentrai donc à la case, et ce fut mon fidèle compagnon du désert,

Bakary Guëye, que je chargeai d’aller porter ces lettres. Il ne parlait

que le yoloff, mais je lui adjoignis Sidy comme interprète, en lui

disant de ne pas le ramener.

J’écrivis longuement au gouverneur ; je lui expliquai en détail la

situation du pays et l’urgence qu’il y avait à rentrer avant que les

choses ne s’aggravassent ; je lui demandai de me renvoyer deux laptots

avec Bakary pour remplacer Sidy dont j’étais mécontent, et Yssa qui

était parti avec Seïdou.

Je fis le calque de mes travaux géographiques et notamment de ma carte

d’ensemble. Puis j’écrivis aux commandants de divers postes pour qu’ils

hâtassent le plus possible le voyage de mes deux hommes.

Après cela, je donnai de longues heures à ma famille et à quelques amis

qui me suivaient de leurs vœux ; j’émettais l’espoir de rentrer vers le

mois de mars ou d’avril 1865, espoir que je partageais et qui se fût

réalisé peut-être, si les circonstances politiques ne s’étaient pas

modifiées.

Ces lettres furent terminées le 19 septembre, et le même jour j’allai

chez Ahmadou qui fut plus aimable qu’il ne l’avait été depuis longtemps.

Il avait préparé sa lettre, tout allait bien ; mais je crus devoir le

prévenir que j’allais plus que jamais être à sa charge, parce que mes

ressources étaient presque épuisées, que les marchandises qui me

restaient ne se vendaient pas (ambre et corail menu, cornaline), et que

je serais obligé de lui demander des cauris pour attendre le retour de

mon envoyé. Il répondit que cela n’était pas une difficulté et qu’il

m’en fournirait tant que j’en demanderais ; et de fait, bien qu’il m’ait

quelquefois fait attendre, il m’en a toujours donné quand je lui en

demandai par la suite.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 138 / 368 题