Il alla rechercher les trois vieux diplomates, et, le 17 septembre, le
palabre recommença, et nous arrivâmes promptement à poser les conditions
suivantes :
1o Un courrier (l’un de mes hommes) partira de suite pour Saint-Louis
avec mes lettres et une d’Ahmadou au gouverneur. On hâtera son voyage
par tous les moyens possibles, chevaux, guides, etc. On donnera à Nioro
des ordres pour hâter son retour quand il reviendra ;
2o Le jour de son retour, si je suis encore à Ségou, on me fera partir
sans retard si le gouverneur me réclame, et on me fournira des chevaux
et des guides pour le retour à Saint-Louis ;
3o Ahmadou alors arrangera toutes les affaires dont j’ai à lui parler
pour le commerce ;
4o Ahmadou promet de s’occuper de nous envoyer au Macina, à son père, le
plus tôt possible, et de nous dire en particulier ce qu’il va faire pour
cela ;
5o A ces conditions j’attendrai le retour du courrier.
Ces conditions acceptées par nos ambassadeurs, ils allèrent les porter à
Ahmadou, et tout d’abord je fus inquiet de ne pas les voir revenir ;
mais je sus bientôt qu’après le salam de deux heures Ahmadou nous ferait
appeler.
Je n’y allais pas sans une certaine émotion, que l’on comprendra quand
on saura que nous étions tous deux, Quintin et moi, assez malades et
assez faibles pour craindre de ne pouvoir résister six mois encore à la
vie que nous menions.
Chez Ahmadou la convention passa sans plus de difficultés, sauf
l’article relatif au voyage au Macina, qui fut enveloppé de tant de
réticences, que je crus de plus en plus qu’Ahmadou ne voulait pas ou ne
pouvait pas m’y envoyer ; néanmoins, désireux d’éclaircir ce fait, je le
pressai tellement qu’il remit au lendemain sa réponse à ce sujet. Quant
au reste, il me répéta lui-même par trois fois le sens de ce qu’il
promettait, et notamment que le jour où le courrier reviendrait, si le
gouverneur me rappelait, je partirais le soir si le courrier arrivait le
matin.
Cette condition à elle seule, mise en regard de la perspective de partir
sans secours ni protection à travers un pays en proie à une grande
anarchie, valait bien trois mois d’attente, délai auquel nous avions
fixé la durée de ce voyage.
Je rentrai donc à la case, et ce fut mon fidèle compagnon du désert,
Bakary Guëye, que je chargeai d’aller porter ces lettres. Il ne parlait
que le yoloff, mais je lui adjoignis Sidy comme interprète, en lui
disant de ne pas le ramener.
J’écrivis longuement au gouverneur ; je lui expliquai en détail la
situation du pays et l’urgence qu’il y avait à rentrer avant que les
choses ne s’aggravassent ; je lui demandai de me renvoyer deux laptots
avec Bakary pour remplacer Sidy dont j’étais mécontent, et Yssa qui
était parti avec Seïdou.
Je fis le calque de mes travaux géographiques et notamment de ma carte
d’ensemble. Puis j’écrivis aux commandants de divers postes pour qu’ils
hâtassent le plus possible le voyage de mes deux hommes.
Après cela, je donnai de longues heures à ma famille et à quelques amis
qui me suivaient de leurs vœux ; j’émettais l’espoir de rentrer vers le
mois de mars ou d’avril 1865, espoir que je partageais et qui se fût
réalisé peut-être, si les circonstances politiques ne s’étaient pas
modifiées.
Ces lettres furent terminées le 19 septembre, et le même jour j’allai
chez Ahmadou qui fut plus aimable qu’il ne l’avait été depuis longtemps.
Il avait préparé sa lettre, tout allait bien ; mais je crus devoir le
prévenir que j’allais plus que jamais être à sa charge, parce que mes
ressources étaient presque épuisées, que les marchandises qui me
restaient ne se vendaient pas (ambre et corail menu, cornaline), et que
je serais obligé de lui demander des cauris pour attendre le retour de
mon envoyé. Il répondit que cela n’était pas une difficulté et qu’il
m’en fournirait tant que j’en demanderais ; et de fait, bien qu’il m’ait
quelquefois fait attendre, il m’en a toujours donné quand je lui en
demandai par la suite.