8 juillet 1864.

Le 8 juillet je reçus la visite de Tierno Alassane, qui venait me

demander de la poudre et qui, pour l’obtenir, ne se fit pas faute de

mentir en affirmant que l’armée qu’Ahmadou avait tant de peine à réunir

était pour nous. Mais, par une prudence et une méfiance bien naturelles

après tous les contes que l’on m’avait faits jusqu’alors, je lui

répondis que dès que je serais en route je lui donnerais de la poudre.

J’avais jusque-là fait de nombreuses démarches pour me procurer des

chevaux ; leur mauvais succès m’avait un peu irrité et je m’en plaignais

à Samba N’diaye, le priant d’en parler à Ahmadou. Il était, en effet,

bien important pour nous d’avoir des chevaux, à cause de la complication

d’événements qui venait nous couper la route du retour. Au fond, quoique

gardant quelque espérance d’aller au Macina avec l’armée qu’on

rassemblait à Ségou Coro, je n’avais plus de confiance bien établie, et

s’il y avait des jours où j’espérais, dans d’autres, voyant les choses

en noir, je me demandais si, bientôt cernés dans Ségou par les Bambaras

unis aux Maciniens, nous ne serions pas réduits à fuir après nous être

ouvert un passage de vive force. Dans ce cas, que faire sans de bons

chevaux ?

Aujourd’hui, je suis certain qu’on ne voulait pas nous en laisser

acheter, de peur que nous ne prissions la clef des champs, clef fort

dangereuse en ce moment-là, et qui ne nous eût pas menés loin sans nous

mettre aux mains d’un parti de Bambaras, dont le premier acte eût été de

nous couper la tête. Mais alors j’étais convaincu que pour cet achat il

ne devait y avoir mauvaise volonté d’aucun côté, et je priai Samba

N’diaye de demander à Ahmadou de nous faciliter la chose.

Samba fit la commission, mais de telle manière que je semblais demander

à Ahmadou de me vendre deux chevaux. Or, si Ahmadou ne donne pas souvent

et s’il achète rarement, il se croirait déshonoré de vendre quoi que ce

soit. Aussi parut-il vexé de ma demande, et il répondit à Samba : « Je

ne vends pas de chevaux ; tu n’as qu’à en chercher en ville. »

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 130 / 368 题