Le 8 juillet je reçus la visite de Tierno Alassane, qui venait me
demander de la poudre et qui, pour l’obtenir, ne se fit pas faute de
mentir en affirmant que l’armée qu’Ahmadou avait tant de peine à réunir
était pour nous. Mais, par une prudence et une méfiance bien naturelles
après tous les contes que l’on m’avait faits jusqu’alors, je lui
répondis que dès que je serais en route je lui donnerais de la poudre.
J’avais jusque-là fait de nombreuses démarches pour me procurer des
chevaux ; leur mauvais succès m’avait un peu irrité et je m’en plaignais
à Samba N’diaye, le priant d’en parler à Ahmadou. Il était, en effet,
bien important pour nous d’avoir des chevaux, à cause de la complication
d’événements qui venait nous couper la route du retour. Au fond, quoique
gardant quelque espérance d’aller au Macina avec l’armée qu’on
rassemblait à Ségou Coro, je n’avais plus de confiance bien établie, et
s’il y avait des jours où j’espérais, dans d’autres, voyant les choses
en noir, je me demandais si, bientôt cernés dans Ségou par les Bambaras
unis aux Maciniens, nous ne serions pas réduits à fuir après nous être
ouvert un passage de vive force. Dans ce cas, que faire sans de bons
chevaux ?
Aujourd’hui, je suis certain qu’on ne voulait pas nous en laisser
acheter, de peur que nous ne prissions la clef des champs, clef fort
dangereuse en ce moment-là, et qui ne nous eût pas menés loin sans nous
mettre aux mains d’un parti de Bambaras, dont le premier acte eût été de
nous couper la tête. Mais alors j’étais convaincu que pour cet achat il
ne devait y avoir mauvaise volonté d’aucun côté, et je priai Samba
N’diaye de demander à Ahmadou de nous faciliter la chose.
Samba fit la commission, mais de telle manière que je semblais demander
à Ahmadou de me vendre deux chevaux. Or, si Ahmadou ne donne pas souvent
et s’il achète rarement, il se croirait déshonoré de vendre quoi que ce
soit. Aussi parut-il vexé de ma demande, et il répondit à Samba : « Je
ne vends pas de chevaux ; tu n’as qu’à en chercher en ville. »