Le 23 juin, ce courrier était, disait-on, arrivé dans la nuit. On
l’avait reçu sans pompe. On racontait qu’El Hadj s’était battu dans le
Macina : on attendait un autre courrier dans douze jours (c’était
l’intervalle ordinaire qu’on mettait entre les arrivées de ces
courriers), et on rassemblerait alors une armée pour conduire cent
pirogues de mil. El Hadj n’était plus à Tenenkou, mais un peu plus loin,
et il avait promis d’envoyer Tidiani avec une armée au-devant du convoi.
Pendant que ces bruits venaient ranimer l’espérance, on continuait à
désarmer consciencieusement les Bambaras et à raser leurs tatas. Chaque
jour on apportait des paquets de fusils, de lances, d’arcs, et chaque
jour, si la population de quelques villages venait se rendre, celles de
beaucoup d’autres s’enfuyaient, traversaient le Bakhoy et allaient vers
le Sud chercher un peu de repos. Ceux qui fuyaient étaient poursuivis,
et, quand on les prenait, ils étaient immédiatement décapités. Un jour
c’étaient trente-quatre hommes, le lendemain, deux, trois, cinq. Le
nombre variait, mais presque chaque jour apportait aux hyènes leur
contingent.